L'été noir

L'été noir

L’attente du frais

Les journées sont de plus en plus chaudes, les températures dépassent les 35 degrés et la nuit plus sous les 20 degrés depuis 4 nuits. Le corps est plus fatigué, l’envie de sortir moins présente. Alors je travaille dans l’atelier, déjà je me fais moins piquer par les taons et j’adapte le rythme pour être à l’intérieur aux heures les plus brulantes. Alors la patience est requise, l’espoir de la pluie aussi. Peut être ce soir, à voir ! 

La beauté des fleurs

Les fleurs sont vraiment la douceur qui réchauffe le coeur. La carotte sauvage est splendide et certaines ombelles sont énormes.

La reine des près s’élève et embaume les lieux

Des fleurs violettes au longues tiges se mêlent à elles pour égayer les bords des routes. 

Les roses, qui sont toujours présentes

L’armoise qui s’élève de plus en plus haut

Les lavandes ont toutes été butinées, je vais pouvoir en récolter. 

Et puis, il ne faut pas oublier la beauté des graines

Celles de la berce qui brillent de mille feux

Celles du tilleul qui s’envolent et virevoltent, c’est si délicat, un véritable baume de douceur pour l’âme

Les achillées moins nombreuses mais toujours aussi majestueuses

Impression végétale

En vue d’une exposition pour l’hiver prochain, je prépare une grande oeuvre avec les différentes strates de la forêt. La semaine dernière je me suis penchée sur la strate du bas, des fleurs et plantes qui sont présentes sous les arbres. J’ai ressorti le marteau et le tataki zomé a ressurgi. Je le pratique moins car je réalise de plus grandes oeuvres. Mais là quelle joie. 

Cueillir délicatement et avec respect les plantes

En déposer, une sur le tissu, la carotte sauvage.

Enlever quelques éléments en trop

La reposer sur le tissu

Bien aplatir, notamment les feuilles

Mettre le second tissu par dessus

Et imprimer, taper avec le marteau pour voir l’empreinte apparaitre sous les yeux

Toujours un grand moment ! 

J’aime tellement cette pratique car le lien avec le végétal se créée et devient fort. Quand une plante est imprimée par nos soins, on peut la reconnaitre plus facilement après. Mais cette année, l’impact de la sécheresse est présent et les feuilles des arbres sont difficiles à imprimer, il y a peu de chlorophylle. Il faut attendre les pluies pour que la sécheresse diminue. Ce qui est fou c’est qu’après plusieurs années, l’oeil voit rapidement cette sécheresse sur les feuilles et le corps la ressent à l’intérieur. 

Le potager

Le potager cette année est beau malgré la chaleur. Nous arrosons tôt le matin pour éviter la chaleur et les taons qui sont très collants. Nous avons déjà des courgettes, concombres, beaucoup de basilic, de la salade, beaucoup d’ails et des oignons. Nous regardons les tomates pousser même si dans la serre à droite les plants n’ont pas fière allure. 

Par contre nous nous sommes faits ravager nos plants de courges par les sangliers, il ne nous en reste qu’un qui n’était pas dans cette zone et nous en avons replanté la semaine dernière. 

Les framboisiers, certains et un murier notamment souffrent beaucoup. Nous leur avons mis un voile d’ombrage pour les protéger ainsi que sur les deux premières planches du potager.

C’est si beau aussi de voir les dahlias, un rêve réalisé je l’avoue, les tanaisies qui se déploient et ouvriront bientôt leurs boutons et les Eschscholtzia (Pavot de Californie) qui montrent leurs fleurs colorés. 

Les étapes du processus artistique

Ces derniers jours, j’ai pris pleinement conscience de l’ancrage de mon processus artistique avec ma vie et notamment la vie en forêt. Je l’avais pleinement en tête mais cette semaine, cela s’est intensifié, comme pleinement vécu à l’intérieur. 

En fonction des oeuvres, le processus peut varier bien sur mais il y a des grandes étapes.

La première et la plus fondamentale, je crois, et relève du quotidien, est celle de l’observation. Regarder, observer, voir avec ses yeux, affiner le regard. Tout cela je le dois à la vie en forêt.

Voir les feuilles des arbres se déployer au printemps

Voir les branches se balancer doucement dans la brise chaude de l’été

Observer une ombre passer d’une mésange ou d’un pigeon

Parce que de l’observation découle le sentiment et même la détente. Regarder au dehors procure à chaque fois une profonde expiration, un ressourcement doux et un sentiment de lien profond avec la nature.

Et ce lien, c’est la seconde étape. C’est le lien qui déclenche la création d’une oeuvre ou d’une installation. Le lien avec la matière c’est fondamental. Parfois il est si vif que rapidement la création surgit, parfois au contraire cela prend des mois voir même assez souvent des années. Il y a encore certaines plantes dont je ne sais toujours pas comment les travailler. 

Puis vient le temps de la cueillette, la troisième étape. Avec respect bien sur et en gardant assez de plantes pour qu’elle puisse se reproduire. Si une plante est peu présente une année, j’attends et je la ferai peut être l’année suivante. 

Ensuite vient le travail de la matière sous différentes techniques : impression végétale au marteau ou éco Print, travail du bois, des écorces, des feuilles, des graines … Le vivant est une source incroyable de textures, matières, couleurs, formes et la créativité est infinie. Parfois en fonction des oeuvres, ce processus est long, constitué de plusieurs passages, avec des matières diverses. 

Puis enfin, le temps de la révélation, quand l’oeuvre est fini, à l’intérieur, il y a la même détente, peut être plus prononcée que pendant la contemplation, un grand soulagement. 

Quand je travaille le tissu, il y a aussi le repassage. Je revois ma grand mère refaire ces gestes, c’est une sensation si forte, et si importante car l’oeuvre s’ancre d’une autre manière, chaque détail eut être parcouru, vu. 

Enfin il y a l’encadrage ou l’installation, un beau moment. 

La nuit bruyante

Cette nuit a été particulièrement chahuteuse. Les bébés chouettes se sont mis sur le fil électrique devant notre chambre. Ils sont trop mignons, nous avions pu les observer il y a quelques jours mais hier soir il faisait trop sombre. Et puis plus tard, les chevreuils ont crié longtemps très longtemps, je me suis d’ailleurs inquiétée, y avait il un problème dans la forêt ? Puis ce matin, le coq et Grisouille ont complété cet orchestre naturel sonore. 

Les chèvres

Ils sont toujours mignons. Ils se battent beaucoup et Grisouille maintenant nous donne des coups de tête sauf qu’avec ses cornes cela fait mal. Il a commencé à attaquer les enfants et puis après ce fut mon tour et maintenant JC. Nous essayons de lui faire comprendre qu’avec les humains ce n’est pas ok mais ce n’est pas facile. 

La routine matinale

Ces derniers jours, nous traitons les poules tous les matins tôt car elles ont des poux. Puis nous passons un temps au potager à arroser, enlever des herbes et récolter. Nous avons du mettre deux voiles d’ombrage pour protéger les plants du soleil brulant de cette année notamment au niveau d’un murier qui souffre beaucoup cette année. 

Le retour du frais 

AH la pluie, quelle bénédiction ! Vraiment. Nous sommes restés un peu dehors, à gouter les premières gouttes, un moment de pur bonheur. Le soir dans le lit, nous avons écouté l’eau tomber du ciel, la manne providentielle. 

Et les températures sont redescendues, cela fait tant de bien. Ce matin d’ailleurs il fait frais presque froid, j’ai fermé les fenêtres pour mettre un peu de chaud dans la maison, c’est pour dire. Car les nuits sont bien fraiches, lundi 10 degrés ! Nous avons ressorti la couette. Ah c’est tellement agréable de lire le soir, sous le plaid en sentant l’air frais dans la maison. Et le matin, quelle joie d’avoir frais en se levant, sortir la truffe et humer le froid, un pur régal ! 

Le retour des sangliers

Les sangliers sont revenus finir leur oeuvre dans les courges plusieurs fois et s’attaquer aux tomates, petites courges tout juste plantées pour remplacer les anciennes déterrées et les haricots. La fois de trop même si cela faisait sourire JC. En plus on pouvait suivre leur trace avec les gros excréments qu’ils ont laissé dans le jardin. Alors JC a installé des poteaux et placé pour cette année une clôture électrique. L’année prochaine nous mettrons des canisses. 

La suite du potager

Et puis nous avons quand même les premières vraies récoltes : courgettes, concombres, basilic, cette année, il est magnifique et salades toujours. Nous avons pu avoir plein d’hémérocalles, une fleur orange, le lys d’un jour, comestible et de beaux premiers dahlias, un de mes rêves ! 

Nous avons un roncier sans épines qui ne va pas bien. Peut être trop chaud malgré le voile d’ombrage et l’arrosage plus régulier. 

Les travaux de la grange

Les travaux se poursuivent. Le sol de la grange a été réalisé par le maçon. JC a préparé les poutres pour le plafond, l’installation des tuyaux d’évacuation et des gaines a aussi été faite en amont. Nous allons recevoir le bois pour faire les cloisons et l’isolation ainsi que le chanvre pour l’isolation également. 

L’art se poursuit

Le projet d’exposition avec la réalisation d’une grande oeuvre représentant un paysage continue. Je m’y attèle un peu chaque jour, un vrai plaisir. Mais les feuilles des arbres ont perdu de la chlorophylle et c’est plus difficile, les résultats sont vraiment impactés par la sécheresse. Mais ce qui me désole le plus c’est de voir les arbres aux feuilles qui se referment tellement elles manquent d’eau et de voir certains chêne déjà perdre leurs feuilles alors que nous ne sommes même pas encore au mois d’août. 

Eté noir

Et puis cet été est si particulier, comme une bascule avec aucun retour en arrière possible. Ca y est peut être aurons nous compris que nous ne pouvons pas contrôler indéfiniment le vivant et que nous devons désormais réapprendre à vivre avec l’incertitude et le sauvage. Car je crois que c’est cela la clé. Savoir vivre en lien avec le sauvage, savoir l’écouter, le comprendre, le respecter et aussi le préserver. Quand nous voyons ces feux, partout en France et sur la planète, nous voyons clairement notre impuissance. Il y a bien sur beaucoup de personnes impliquées pour les arrêter, mais quand nous sommes loin nous ne pouvons que nous relier à ceux qui ont tant perdu et voir comment chacun et chacune nous pouvons agir. 

Tomber amoureuse de la matière

Je suis une grande romantique je crois, et voir même une grande amoureuse. 

Je tombe amoureuse parfois plusieurs fois par jour. Quand je regarde dehors, que je vois une matière naturelle, je sens un lien profond qui se créée. Comme si je ne pouvais pas ne pas être reliée. C’est des fois très fort. 

Il m’a fallu longtemps pour comprendre cela mais aujourd’hui, vivre en forêt, me permet d’expérimenter pleinement cela. 

Un lien fort avec la nature, avec le sauvage. 

Alors parfois, je ramasse la matière, je la cueille, bien sur toujours avec respect et s’il y a de l’abondance. Parfois j’attends plusieurs jours voir plusieurs semaines et des fois mêmes des années. 

Parfois la matière est dans mon atelier, je la regarde mais rien ne vient. Parfois cela vient dessuite, comme un éclair. 

Je me laisse guider au fur et à mesure de ces rencontres. J’essaye de ne rien presser, juste observer et ressentir jusqu’à ce que le déclic se produise. Parfois aussi les premiers essais sont ratés, parfois c’est réussi. Parfois même s’il y a trop d’attentes, cela rate. 

Mais le lien est toujours là, au coeur de ce qui se tisse à l’intérieur. Car l’amour de la vie grandit au coeur du vivant et cela est si précieux ! 

La magie des baies

Cela fait des mois que je l’attends.

Février précisément.

Le fruit du prunellier, la prunelle ! Depuis que je travaille avec l’hibiscus, je me languis de ce rose si intense. Car il n’y a que la prunelle pour donner un rose pur, un rose à la fois doux et vibrant ! Il a été une de mes premières teintures, et puis il y a 2 ans, je ne l’ai pas utilisé, pas l’envie. Il y en avait peu dans la nature alors il faut respecter cela. Mais depuis l’année dernière, la magie du rose est revenue. 

Alors cette année, cela fait des semaines que je guette les fruits. J’en ai d’ailleurs ramassé il y a plusieurs semaines mais ils n’étaient pas assez murs. Alors j’ai du encore attendre et voir quand c’était le bon moment. Certains sont magnifiques, très gros et d’un pourpre profond. Alors un vendredi, je suis partie à la cueillette. Quelle joie de vous sur certains arbustes, des centaines de fruits. 

Je les cueille, délicatement, ce qui ne m’empêche pas de me faire un peu piquer par les épines. Et bien sur, il faut respecter de ne prélever que ce qui est en abondance et d’en laisser beaucoup pour les oiseaux. Sur certains arbres, il y en avait trop peu, je me suis concentrée sur les plus abondants. 

Puis, rentrée à la maison, la marmite est ressortie rapidement, remplie d’eau et le sachet vidé dedans sans essayer d’être trop précipitée. A peine plongé dans l’eau, la peau éclate et révèle sa couleur qui vient dessuite rendre l’eau rosée. Et puis le rose se développe, il devient même épais et la magie de la couleur se révèle. 

Je crois qu’après avoir plongé les tissus, je n’ai jamais eu un rose aussi fort ! 

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