La fin de l'été
Le ciel gris et le ciel bleu
Il est tant attendu ce ciel gris. Ce ciel aux multiples nuances grises claires et foncées, ciel chargé d’eau, presque orageux qui annonce le frais. Et quand les gouttes tombent, viennent iriger la terre, c’est juste le bonheur ! Même si honnêtement c’est peu en quantité, cela fait du bien.
Puis au fur et à mesure, l’air se rafraichit, dans la journée, le soleil et les nuages alternent leur danse et c’est bien agréable. La nuit est redevenue douce et la saveur de la couette sur le corps n’a pas son pareil.
Savourer !
Savourer le frais dans la soirée avec l’envie de mettre une petite laine
Savourer le fait de remonter la couette dans le lit
Savourer le matin revigorant
Je rêve d’une journée d’hiver. Froide, même avec de la neige, un bon temps dehors à savourer le froid et en rentrant, un bon feu bien chaud qui réchauffe. Oui en cet été ardent, je rêve de l’hiver froid et même glacial. D’ailleurs je choisis une musique « Autumn love » pour amorcer cela. J’adore écouter des musiques spécifiques en fonction des saisons. Dans le coeur, l’envie de la saison suivante est là.
La future saison
C’est d’ailleurs la première année depuis longtemps où je languis vraiment l’arrivée de l’automne. Mais quel sera t’il ? Déjà les feuilles jaunissent. Sur certains chênes elles sont déjà marrons ainsi que celles des fougères.
Alors comment sera cet automne ? C’est une magnifique saison ici et déjà les signes du repli de l’énergie de la sève est si visible. Cela permet bien sur de préserver les arbres, nous verrons d’ailleurs ceux qui ont été trop affaiblis cette année ne pas survivre l’année prochaine.
Alors il n’y a rien à faire. Juste accueillir cet été si particulier. Et peut être espérer de tout son coeur la pluie … qui normalement doit arriver en fin de semaine avec des températures plus douces encore.
Cet été nous ramène vraiment à une forme de vie peut être vivante. Nous ne pouvons rien faire, nous ne pouvons pas contrôler le climat, encore heureux !, nous ne pouvons que vivre cela, le traverser comme nous le pouvons. Dans certaines régions où le feu est là, se propage, l’énergie est encore bien différente car là l’action est présente. Et peut être cela nous amène à voir les changements que nous pouvons mettre en place à nos échelles. Peut être planter un arbre dans nos jardins pour favoriser l’ombre, peut être ajouter une plante grimpante pour amener de l’ombre sur les versants exposés, etc. Je crois que chaque idée, chaque acte compte.
La joie de l’écriture
Cette année aura été une année challengeante pour l’écriture. J’ai voulu changer mon système d’abonnement et cela a complètement bouleversé ma routine. Alors avec la fin de l’été, la voici qui revient et cela me donne tellement de joie. Ce processus est vivant, il bouge en fonction des saisons mais j’ai aussi grand besoin de le structurer pour qu’il puisse devenir un vrai acte créatif et artistique.
En lisant ces derniers temps des articles sur le sujet, j’ai compris à quel point cela était difficile. Beaucoup d’écrivains en témoignent. S’assoir, poser des mots et rester ! Resté concentré jusqu’à ce que cela soit bon pour la journée ou le temps imparti. Et en même temps c’est très paradoxal parce qu’au bout d’un moment, un apaisement se déploie, et à la fin le soulagement est là, même la joie parfois !
Aujourd’hui, avec cet été, l’écriture prend un tournant crucial à mes yeux. Il s’agit de témoigner de ce qu’est la forêt pour les générations futures mais aussi de documenter ses changements. Car peut être est ce la fin de nos belles forêts de feuillus. Je n’ose pas y penser même si cette idée devient de plus en plus claire. Mais par contre, mon engagement envers elle ne faiblit pas. Au contraire, il s’ancre encore plus en profondeur pour porter un message de soutien et de préservation du vivant !
La forêt est pour moi une rencontre tellement puissante, quelque chose qui vibre en moi depuis que j’y vis. Comme un réveil après un long sommeil, comme un feu qui devient si ardent qu’il doit être partagé. J’aime profondément la forêt. Alors j’en prend soin comme je peux et je partage cet amour autour, notamment à travers mon art.
Le rituel de l’écriture
Le matin, idéalement tôt mais pas toujours, après le petit déjeuner souvent, s’assoir, ouvrir l’ordinateur et laisser les mots se déposer sur le clavier. Et l’indispensable, une boisson. Et toujours chaude. Je ne peux pas écrire sans boire un breuvage, souvent un déca ou un dérivé de la chicorée ! Et j’allais oublier, de la musique, de la douce musique qui fait rentrer dans un univers, dans un cocon, celui des mots et de leur mélodie, celui de la vie en forêt qui devient trame et récit.
Et puis voir ce qui vient, quels thèmes, sujets ou autres partages ont envie d’émerger. Ce matin c’est le rituel et l’écriture, peut être autre chose suivra, peut être pas.
Les graines, c’est la vie
Depuis trois années, je suis passionnée par les graines. Je me souviens très bien des premières qui ont happé mon attention. Je n’ai d’ailleurs toujours pas réussi à trouver le nom de la plante qui les produit. Cela va venir ! Bien sur avant je les voyais mais avec cette première graine, nous allons l’appeler comme cela pour la suite du récit, quelque chose a changé à l’intérieur. Comme si je prenais conscience de tout ce que cela impliquait. Qu’à partir d’elle, la vie émerge, une fois dans le sol et avec les bonnes conditions, elle devient plante et ensuite source de dizaines, de centaines voir de milliers de nouvelles graines. C’est prodigieux même vertigineux quand on y pense.
J’ai semé de l’Amarante il y a 3 ans aussi je crois. Mais au grand désespoir de JC c’est une colonisatrice, cette année nous avons vraiment essayé de limiter son déploiement car il est spectaculaire. Je ne sais pas combien de petites graines noires contient sa hampe rose mais je pense des milliers. Surtout quand on pense que cette plante résiste aux pesticides. Mais je l’aime beaucoup. Son rose est si intense et je ne sais pas, cette plante me touche particulièrement, peut être grâce à sa résistance.
Et ce qui est fascinant c’est que chaque graine est différente. Certaines sont plutôt grosses comme celle du Chêne Rouge d’Amérique, d’autres toutes petites comme celle de la fameuse Amarante, d’autres entre les deux comme le haricot, d’autres comme l’érable peuvent être doubles, ce serait sans fin. Quelle ingéniosité et créativité du vivant !
Alors depuis ces trois années, je suis reliée aux graines d’une autre manière.
Mais il y avait une certaine frustration car je n’arrivais pas à voir comment les insérer dans une oeuvre ou installation.
J’ai réalisé des sculptures avec une graminée et une pierre
J’ai fait des plus petits modèles avec des morceaux de bois et la fameuse première graine mais jamais vraiment dévoilé.
Et puis j’ai fait des tests avec d’autres plantes mais rien de très abouti
Et surtout, pas de ressenti particulier ou en tout cas, pas le ressenti de dévoiler cela à ce moment là, sauf la sculpture avec la graminée et la pierre.
Et comme toujours, il faut laisser le temps au temps. Laisser les choses venir à leur rythme, qui n’est jamais le notre. C’est d’ailleurs cela que j’aime car quand cela s’ouvre c’est toujours magique et au delà des espérances !
Le changement c’est produit en avril lors de mon exposition à Dijon. J’avais ramené beaucoup de matière et j’ai installé contre un mur des branches avec des graines. C’est toujours après coup que nous pouvons voir les étapes qui jalonnent le chemin et leur impact.
Et en cet été ardent, l’élan est venu, tout doux mais avec une force impressionnante.
Réaliser un tissage avec des tissus, des branches avec des graines et du fil. J’ai commencé il y a un jour et quel moment. Vraiment c’est au delà des mots. Une grande paix arrive et tout se détend. J’ai bien avancé mais je vais protéger les branches et graines avec de la cire d’abeille, l’idée m’est venue cette nuit. Alors je n’avance plus et une fois cette étape, je pourrais continuer. J’aimerais l’exposer cet hiver car la graine est devenue la thématique centrale de mon exposition.
Un coucher de soleil sublime
Hier, le ciel était féérique.
Rosée intense presque orangé par endroits, si lumineux et en parfaite coordination avec le bleu clair vibrant. Une pure beauté qui a duré quelques minutes tout au plus avant de perdre en intensité et en couleurs.
Un temps suspendu !
Les temps suspendus de la 2ème partie de l’été
Voir virevolter les graines de tilleul, on dirait des parapluies qui danse dans l’air
Observer une graine de chardon voler haut dans le ciel et disparaitre de la vue dans les arbres
L’atelier et l’été intérieur
L’atelier
Un espace propre
Un petit cocon dans lequel je me sens bien. Un petit endroit à soi.
En fait c’est comme un espace ressource. Quand je n’y vais pas, à l’intérieur du corps après je le ressens. Quand il est tout rangé, propre, c’est comme un grand soulagement. Je le vois un peu comme un reflet intérieur.
Parce que je créée un peu dedans mais pas beaucoup. Je suis plus dehors car il faut de la place pour réaliser de grandes tentures et cela salit vite. Je dis souvent que la forêt est mon atelier, c'est très vrai aussi. Car au coeur de celle ci, l’observation, la contemplation et le lien avec le naturel s’ouvre et se déploie. Mais au coeur de l’atelier, c’est comme si c’était une phase de décantation. Ce qui était mélangé s’assemble, se relie et prend sens pour donner corps et devenir oeuvre après. C’est un temps précieux ce temps d’intégration, d’épuration aussi car il ne reste que l’essentiel, l’élan de la matière qui va se transformer. Parfois certaines matières restent aussi au chaud dans l’atelier en attendant le bon moment. Parfois, elles vont rejoindre la terre et l’humus sans que rien ne se soit passé car un besoin de rangement devient vital. Je garde tous les tissus mais pas toutes les matières naturelles, sinon il faudrait un hangar pour tout stocker. Cela demande de prendre le temps aussi avant de cueillir ou ramasser quelque chose pour ne pas surcharger l’atelier.
Et puis, l’atelier vit au rythme des saisons et des projets futurs. Printemps et hiver je m’y active, dedans, dehors, de nombreux vas et vient, des tissus manipulés, de la matière tout juste cueillie et travaillée directement, des tentures qui sèchent, peut être re teintes après.
Le mouvement s’adoucit en automne et en hiver devient une petite flamme qui vivote. En effet, le temps artistiques se fait plutôt dans la maison, au coin du feu, avec de l’aquarelle ou d’autres matières plus faciles. Chaque année cela est différent. Cela dépend du temps. Cette année la fin de l’hiver a été douce alors déjà l’atelier avait rouvert ses portes. Et cet automne, s’il est doit et que les feuilles sont bien chargées en chlorophylle, peut être l’atelier restera t’il encore allumé et accueillant.
Ce qui me manque c’est la place. Idéalement j’aimerais un grand espace pour étaler les oeuvres, les suspendre et pouvoir mieux les conserver. Ainsi que de la place pour mieux ranger et préserver les matières naturelles. Mais honnêtement, déjà, avoir un espace à soi, c’est si précieux.
L’amour de la lecture
Que j’aime lire ! Vraiment je me souviens du jour où j’ai décidé de lire. J’étais en CM1 et j’ai pris un livre, Alice et les 3 clés, à la bibliothèque de l’école et je me suis dit « tu le rendras quand tu l’auras fini ». Cela m’a pris deux semaines mais l’amour des livres s’est ancré ce jour là pour ne jamais partir !
J’aime ces temps où l’on ouvre la première page, où l’on rentre dans l’histoire, où l’on partage la vie des personnages, où l’on découvre des univers, des vies, des émotions. C’est vraiment un temps de ressourcement. J’ai mis du temps à le comprendre mais lire est essentiel ! Lire m’apaise, me nourrit, me reconstruit parfois, m’inspire beaucoup.
C’est si doux de prendre un livre après une journée bien riche ou encore deux temps, quand il y a besoin d’une pause. C’est si savoureux ! Quand j’étais enceinte notamment, j’avais une soif de lecture intarissable. J’avais très peu d’énergie et j’ai beaucoup lu car je passais mes journées sur mon canapé. Mais parfois j’en avais marre de ne faire que cela. Alors aujourd’hui, je savoure ces temps, comme un cadeau du moment !
Parfois je commence un livre, l’arrête, le reprends peut être quelques temps après, parfois jamais. J’aime les livres où l’histoire aspire, j’aime aussi ceux plus poétique et doux. J’aime ceux qui enivrent à tel point que l’on sent même un manque après avoir fermé la dernière page. Il y a des histoires dont on se souvient longtemps, d’autres qui ne laissent pas de traces dans les sillons de la mémoire.
Je lis beaucoup. Des livres sur la vie et son sens le matin et des romans. J’ai eu des moments où j’ai complètement arrêté les romans mais j’ai repris car j’aime beaucoup cela.
Et puis les livres servent aussi à apprendre. J’y ai tout appris ou presque sur la teinture notamment. J’apprends toujours avec un nouveau livre. Je le lis, l’intègre et après en pratiquant de mon côté, cela évolue et je me l’approprie. C’est vraiment au coeur de ma démarche, c’est pour cela que j’ai été ravie d’écrire un livre sur le Tataki Zomé, comme une manière de refermer une boucle mais aussi de pouvoir partager cet art et ce lien au vivant de manière plus large. Pour mon anniversaire il y a 5 ans j’avais demandé deux livres de teintures. C’est là que j’ai re découvert cette pratique d’impression végétale dont j’avais entendu parlé quelques mois auparavant. Et là après la lecture, les élans sont venus et je ne me suis pas arrêté. Cette année, j’ai demandé des livres sur le tissage et je suis en plein dans un grand tissage naturel. C’est juste si agréable de voir les photographies, de lire l’esprit et la démarche des auteurs et autrices et puis après, dehors de ressentir la matière, de voir comment cela s’intègre en soi et de réaliser quelques chose de concret, toujours un grand moment !
Partir
Je n’aime pas partir. Je n’aime pas sortir de la maison pour quelques jours. Il y a toujours une quantité de choses à faire pour bien préparer le départ, un stress qui colle à la peau et me rend parfois infernale. Et puis, cela va aussi avec un cortège de peurs qui s’immisce dans mes pensées et vient gâcher le départ.
La peur pour les animaux, celle de ne pas avoir tout bien fermé, celle d’avoir oublié quelque chose et la petite dernière, que le feu ravage notre lieu entre autres !
Mais une fois cela traversé, un peu mieux avec les années d’ailleurs, la joie d’être dans un autre endroit, de pouvoir être en famille ou dans un paysage ressourçant, cela peut enfin se déployer et quel bonheur !
Cette année, nous sommes partis plusieurs fois 2 à 3 jours. Mais quelle joie, ici, aujourd’hui, au bord de l’océan, à se baigner tôt le matin, à ressentir le frais de l’eau purifier et raviser la peau. Et déjà, les nouvelles idées idées apparaissent. Déjà, l’éloignement et le vide peuvent se répandre partout et ranimer quelque chose.
Traverser les paysages
Ces derniers mois, j’ai beaucoup conduit. Pour les trajets des vacances mais aussi pour aller à des rendez vous pour les différents projets artistiques. J’ai beaucoup arpenté en voiture le Morvan, la Bourgogne et le pays d’est en ouest et un peu vers le centre.
J’aime cela. J’ai mis longtemps à le comprendre. J’ai arpenté, traversé, voir, m’immerger dans les paysages, les voir défiler. S’imprégner et observer les différentes espèces, aux différentes saisons. C’est aussi une manière de comprendre les différents milieux, de repérer les caractéristiques des régions, de noter les différences.
Et partout, partout ! La nature sèche, dure. Les couleurs des paysages sont jaunes d’or, bleu azur et vert parfois avec des teintures marrons et déjà, déjà, des feuilles tombées sur le sol. Une profonde tristesse s’installe, celle de la conscience que le monde change et que ce que nous connaissons aujourd’hui ne sera plus là dans un horizon incertain.
Le vide fertile
Le vide
Rien que ce mot contient à la fois de la paix et contient également toutes les peurs !
Le vide, tant attendu, tant repoussé, tant effrayant.
Et pourtant, il contient tant de bienfaits ! Quand il est plus ou moins connu, il peut être si doux. Mais pour y arriver, pour le rencontrer, il faut apprendre. Il faut apprendre à lui laisser de la place, à ralentir, mais aussi à aller à l’intérieur, ressentir qu’à cet endroit, la peur n’a plus lieu d’être, la mort non plus n’a pas sa place. Il y a de la paix, une douceur aussi.
Parfois il est teinté de mélancolie. Mais elle peut évoluer vers un sentiment de paix. Vers une fertilité qui se renouvelle sans cesse, qui n’a pas de faim.
Et puis le vide peut être ressenti au coeur de chaque instant presque.
Dans le quotidien bruyant quand on se pose quelques instants.
Dans les vacances, là où le rythme change drastiquement
Dans les soirées douces au coin du feu
Dans les temps de solitude posés
Dans les temps de respiration, notamment à l’expiration et surtout au coeur des tourbillons voluptueux
Partout, partout le vide est là.
Les chardons
En traversant la France cette semaine pour aller retrouver de la famille, j’ai encore pu voir l’étendue de la sécheresse. Partout des arbres grillés, partout du jaune doré des champs fauchés, partout plus de fleurs, et partout des chardons.
Cette année, ils sont magnifiques, si haut et secs. J’adore cette plante. Elle me rappelle ma grand mère qui avait des bouquets secs dans sa maison que j’aimais bien. Et puis presque ado, j’avais une passion pour les gros chardons qui poussent dans le sud. C’était mon rêve d’en ramener un. Je me souviens de ce jour où nous étions en vacances dans la maison de famille paternelle, dans le sud de l’Aveyron. Nous en avons trouvé après en avoir cherché plusieurs fois. Bon à ce moment là, nous ne savions pas que la plante était protégée et nous en avons ramené plusieurs. Mais très longtemps, un magnifique spécimen a orné la porte de notre maison. S’ouvrant les journées ensoleillées, et se refermant lors des temps humides.
Il y a deux ans, j’en avais cueilli au bord de la route. Et j’ai appris qu’ils servaient à carder la laine. C’est beau de se dire que cette plante a été reliée pendant des siècles à des procédés de fabrication de la laine artisanaux.
Je n’ai pas encore trouvé comment travailler avec eux, mais cela est en train de venir, je le sens. Alors cette année, j’aimerais en ramasser davantage.
Le vert vif mais jaune
Et puis, sur les routes aussi, les couleurs sont assez particulières. C’est comme si dans le tourbillon de l’été, l’automne était déjà là. Et cela fait très très bizarre. Sur le trajet du retour, j’ai été surprise de voir un vert vif, d’un robinier faux acacia. Il m’a au départ rappelé le premier vert qui jaillit du printemps, un vert qui annonce le renouveau.
Mais en regardant plus attentivement, ce n’était pas un vert si vif mais un vert déjà jaunissant, un vert de la fin de l’été, juste avant que les feuilles jaunes se répandent et après tombent sur le sol.
Quand nous prenons le temps de voir les couleurs, nous pouvons voir que chacune est différente et dans la nature, une palette de vert infinie se déploie ! Il nous faudrait plus d’une vie pour toutes les voir et les observer.
Cela farfouille
Ce matin, j’écris dehors. C’est calme, on peut entendre quelques voitures de temps en temps au loin, très loin. Les chèvres broutent juste à côté et les poules sont assez calmes. Quelques oiseaux pépient et peu d’insectes volent encore.
Mais à ce moment, un bruissement se fait entendre. A tel point que j’ai l’impression qu’une bête, type sanglier, fouille dans les feuilles dans la forêt, à quelques mètres de là. J’arrête d’écrire, lève la tête et observe. Cela doit être en plus du merle qui est souvent là et qui fait le bruit d’un chevreuil, le vent qui bruisse dans les feuilles des arbres en hauteur. C’est surprenant, d’un coup comme si cette partie là de la forêt se réveillait elle aussi.
C’est du vent ! Une bourrasque qui vient, se répand dans cette partie là du jardin. Cela ne dure même pas une demi minute et après, le merle continue de farfouiller. D’ailleurs, il vient juste de pousser son cri et le calme revient. Fini le bruissement des feuilles, il a du être dérangé car ce n’était pas un cri apaisé.
La pluie
Je ne sais plus depuis combien de temps nous n’avions pas vu la pluie. Attention pas juste quelques gouttes comme ces derniers jours mais une vraie pluie qui tombe ardemment, pendant plusieurs heures et qui nourrit la terre.
Ce matin, la brume était là, spectacle enchanteur au milieu de cet été ardent. Quelle bonheur d’entendre les gouttes tomber, de sentir l’air se rafraichir et de voir le ciel gris orageaux. Dans ces cas là, j’ouvre tout en grand. Souvent JC ferme au bout d’un certain temps car il fait vraiment froid dans la maison. Et puis, avec les températures si hautes, nous avons perdu l’habitude au frais et dès qu’il fait 20 degrés, hop une petite laine s’impose.
Les poupous !
Ca y est ! Les poussins sont nés la semaine dernière. Comme nous partions quelques jours, nous les avons emmenés non éclots chez notre voisine qui s’en est occupée. Nous avons perdu un oisillon dans la couveuse mais les 7 autres grandissent et font de nombreux cuicuis. Nous allons voir par la suite, mais nous espérons avoir plus de femelles que de mâles par rapport à notre première portée de l’hiver dernier.
L’amour de l’écriture
Mais oui, quel amour ! Quelle beauté de pouvoir partager cette vie en forêt, ce mouvement perpétuel de la nature qui traverse le temps et l’espace et avec qui nous ne partageons qu’une infirme partie.
Et puis, avec les changements actuels de tout ordre, politique, climatique, économique, s’ancre de plus en plus l’élan de partager sur ce qui est maintenant. Sur comment est la forêt, ce qu’elle traverse en terme d’évolutions, comment bougent les saisons, et comment le vivent les espèces. C’est très important que cela devient un moteur de plus en plus puissant. Je l’ai partagé mais cette année c’est assez impressionnant, des chênes, bouleaux et châtaigniers sont déjà secs avec des feuilles marrons. Elles se répandent sur le sol. Il est vital de partager cela. Non pas pour s’apitoyer mais pour garder une trace et puis pouvoir agir en conscience. Cela amène le sujet suivant
Prendre soin d’un lieu
En effet, devant tout ce qui se passe à l’extérieur, il est trop difficile de pouvoir agir partout et même le cerveau peut vite se perdre devant l’ampleur des tâches à accomplir. Alors nous avons choisi d’oeuvrer ici.
Dans la forêt du Morvan
Au sein de ce lieu qui nous nourrit tant
C’est la raison pour laquelle nous lançons notre projet de lieu ressource. Un lieu autour du yoga, de l’art et de la nature qui accueillera des petits groupes en weekends ou en semaine autour de ces thématiques.
Un lieu dans lequel on peut se déposer
Un lieu dans lequel on peut se reposer
Un lieu dans lequel le rapport au vivant se déploie
Un lieu ressource qui nourrit à l’intérieur, pour revenir au monde avec une étincelle vivifiée
Nous prenons le temps de faire les travaux, avec les matériaux qui sont indispensable à nos yeux, des matériaux écologiques comme le chanvre, la chaux, le bois. Nous passons du temps dans la conception de l’intérieur, dans le fait de faire. C’est notre plus gros projet et un projet de couple que nous portons depuis le début de notre relation avec JC.
C’est ce que nous pouvons faire à notre échelle pour prendre soin du vivant. Prendre soin de ce lieu pour en faire un lieu refuge.
La pluie bienfaisante
Il a plu ! Il a beaucoup plu !
Quelle joie vraiment ! Nous n’avions pas eu une pluie comme cela depuis si longtemps. Et la prochaine n’est pas encore annoncée …
C’est doux d’entendre l’eau tomber à verse, de sentir l’air humide se répandre dans la forêt, d’observer la brume le matin plus dense au début et plus fine quelques heures après.
Et le vert réapparait ! C’est beau ! Le jaune d’or et le marron s’estompent pour lui refaire encore un peu de place en cette fin d’été.
Le Morvan, une terre de coeur
Cet été, avec l’exposition à Corbigny et le séjour en famille, j’ai beaucoup traversé le Morvan. J’aime profondément ce territoire. Je ne le connaissais pas il y a 10 ans. La première fois que j’en ai entendu parler c’était quand j’étais enceinte de mon fils E. Je lisais beaucoup et j’avais un élan mystique fort, je me suis intéressée à la vie de Saint François d’Assise. J’ai lu le récit du pélerinage d’Assise par Olivier Lemire. Il avait détesté le Morvan car il était tout le temps trempé. C’est le souvenir que m’a laissé cette lecture pour cette partie de la traversée française. Et puis 3 ans après, nous voilà à vivre dans la forêt, sur le chemin d’Assise justement, en plein Morvan.
Ce que j’aime le plus c’est la nature, le calme, les paysages. Il y a plein de hameaux mais c’est un territoire faiblement densifié. On y mène une vie agréable. D’ailleurs le Morvan est un des 7 territoires refuges en France qui a été « sélectionné » lors d’une étude par des scientifiques sur l’évolution du climat en France d’ici les 50 prochaines années.
La fin du mois d’août
C’est plus doux ces derniers jours. La pluie a ramené du vert, de la douceur, et la chaleur n’est plus là. Pourvu que cela dure. Nous avons eu de la famille et des amis durant ce mois, cela fait du bien le calme juste avant la rentrée. C’est toujours un moment particulier la fin de ce mois et le début septembre. Quelque chose se passe, comme tapis pendant l’été et qui ressort quand tout s’accélère de nouveau. C’est très ambivalent car à la fois j’aime beaucoup cela et à la fois repartir à nouveau dans un rythme n’est pas si aisé. Surtout cette année car la rentrée est bien chargée. J’en suis ravie et à la fois j’ai peur de ce qui s’annonce. Mais je sais qu’une fois le premier pas fait, il y a quelque chose qui porte, qui soutient et cela se fait.
La force de la forêt
L’année dernière, ils ont coupé beaucoup d’arbres pour entretenir la forêt et les chemins. Le bruit des tronçonneuses a résonné tout l’été, très tôt le matin, suivi par celui des engins de débardage qui sont venus récupérer les troncs. Je comprends tout à fait cette nécessité d’entretenir, cela permet une certaine forme de la régénération de nos forêts et le bois est un matériau de construction très utile. Nous l’utilisons d’ailleurs beaucoup dans la rénovation de notre lieu ressource.
Mais je dois dire qu’à chaque fois que j’entends un arbre tomber, mon coeur se serre. J’éprouve de la tristesse devant cet être vivant qui finit sa vie. Je rêve d’un futur où avant de faire ce geste, on dit une prière ou on remercie la forêt et ses arbres qui vont donner leur vie. Plus je vis au coeur de la nature, plus la frontière entre humains et non humains a tendance à s’effacer et à laisser la place à un ensemble d’être vivants sans distinction.
Et puis, ce matin, en allant courir, j’ai pu constaté qu’à chaque fois, la force de la forêt revient à une vitesse prodigieuse. Depuis que nous sommes ici, j’ai pu constaté cela de nombreuses fois. La vie reprend, les espèces comme les fougères, les robiniers faux acacia repartent de manière vertigineuse. Déjà le bord du chemin est recouvert par endroit de ses branches piquantes et de ses belles feuilles vertes. La forêt rejaillit et l’année prochaine, il ne subsistera surement peu de traces des coupes.
Les orties
Cette année, les orties ont été prodigieuses.
Hautes, élancées et fournies comme jamais en graines. J’en ai ramassé et séchées il y a quelques semaines. Je voulais encore m’atteler à cette tâche mais j’ai été surprise par la chaleur qui les a grillées en quelques jours. Cela arrive souvent. J’attends un peu avant de cueillir parce que la vie est chargée et puis, hop, la plante est partie.
Mais là, quelle joie ! Il y a de nouveau de belles hampes dans le jardin. Alors hier, un sécateur à la main, une petite dizaine sont venus dans le panier de cueillette. A refaire dans les prochains jours.
La cueillette surprise
J’ai repris la course ce matin. Alors c’est un temps spécial où je cours un peu très doucement, à mon rythme, je m’arrête quand je le sens, regarde la nature puis repart tranquillement. J’avais d’ailleurs l’espoir fou de ne rien ramener. Et puis, en allant voir dans la vieille prairie s’il n’y avait pas des prunelles, je suis tombée en admiration devant les tiges de la patience dépouillées de leurs graines, quel trésor ! Je cherchais justement de longues tiges pour l’oeuvre sur laquelle je suis. Alors je m’attèle tranquillement et sur une tige, une belle surprise (que j’ai prise pour un vieux scotch au départ), des oeufs agglutinés au centre de l’une d’elles. Je n’ai jamais vu cela.
Un besoin de rangement
Hier, dimanche, JC a lancé un grand rangement, quelle belle idée ! Nous avons vidé entièrement la partie gauche de mon atelier qui servait de lieu de stockage, comme une annexe de la maison. Nous avons trié, jeté, regardé, rassemblé, rangé puis le tout a été placé dans la petite maison. JC avait installé des étagères cet été, c’est très propre et tout trouve une place. Un aller retour à Emmaus et le tout fut vite réglé.
Au final, je trouve que nous avons peu de choses. Alors bien sur, nous en avons beaucoup car nous avons chacun un atelier, et puis nous avons un jardin, beaucoup de matériel de travaux. Même dans la maison, nous avons des livres, ca oui mais après ce n’est pas énorme. Mais vu la taille de notre lieu, nous nous en sortons plutôt bien. Et cela fait du bien. Car trop encombre, trop fait perdre de l’énergie.
Hier, dans le courant de l’après midi, après un temps de rangement en famille, j’ai pu me consacrer à celui de l’atelier. Après beaucoup d’aspirateur, de rajouts d’éléments pour faire des étagères, de réflexion aussi, cela a commencé à prendre tournure. Mais il y a encore l’atelier actuel à ranger, car j’ai tout placé là le temps de faire de la place de l’autre côté.
A la fin de la journée, une vague de détente et de contentement était bien présente. Quel bien cela procure ! Ranger l’atelier, c’est se ranger soi.
Mettre de l’ordre.
Que chaque chose aie une place.
Que cela circule.
C’est primordial.
Je travaille avec la matière naturelle donc je sais que cela ne sera jamais totalement parfait et nous vivons au coeur de la forêt donc les araignées et leurs toiles sont très présentes. Il est donc difficile d’avoir un espace toujours parfaitement propre si je n’y suis pas tous les jours. Je l’accepte pleinement. Mais j’ai profondément besoin d’un endroit où cela circule, où je peux me poser, regarder et surtout ressentir.
Il manque peut être juste un tapis, pour que cela soit plus confortable. A voir !
La fin d’une exposition
C’est toujours un moment particulier.
Le démontage
La fin d’une exposition
Comme une fin parfois douce, parfois brute, parfois apaisante, parfois triste.
Vendredi j’ai fait cela à Corbigny, dans ce magnifique lieu qu’est la Tour Madeleine. Fabienne Cardot en fait un lieu d’art et d’expositions où se mêlent l’ancien et le contemporain. Un petit bijou. Alors quand une exposition se fait avec douceur, chaleur même ici grâce à Fabienne, c’est toujours difficile de partir.
Une sorte de processus du deuil s’installe. Heureusement elle a su clôturer en douceur avec un repas. Un moment de convivialité, de partage, c’est si précieux.
Humide
Cela fait si longtemps que j’attends cette sensation.
Humide qui appelle humus
Humide qui appelle la pluie
Humide qui renvoie à la brume
Humide qui parle de l’eau qui ruisselle
Humide qui fait tant de bien avec l’été ardent
Cela émoustille les sens !
La vue avec les fines gouttelettes de pluie de bon matin.
Le fameux pétrichor qui nous fait sentir une douce odeur de forêt.
Le toucher avec la main qui goute chaque instant de la fine pluie qui tombe
Entendre la pluie qui descend du ciel est si délicieux
Et peut être si l’on a envie sortir la langue et gouter cette pluie tant attendue.
Alors il faut juste savourer. Ce lundi gris. Ce lundi humide qui rejaillit dans les coeurs et fait vibrer la vie!
Le rythme change
Les journées évoluent, la course du soleil se raccourcit. Déjà le matin, l’air est frais, bien vivifiant, presque automnal. Et puis le soir, quand l’heure du coucher sonne, la nuit est là, bien sombre.
Je dois dire que je préfère ce rythme qui s’installe doucement. Chaque année, c’est un véritable soulagement de voir arriver l’automne après l’effervescence de l’été. Mais c’est loin d’être une saison si reposante, en tout cas, la première partie jusqu’à fin octobre. Il y a beaucoup de choses de prévu.
C’est aussi beau de voir la lumière, la lumière qui devient plus chaude, plus réchauffante. Ce matin, en allant cueillir du basilic dans le potager, j’ai été frappée par cette douce lumière à travers les charmes dans le fond du jardin.
J’ai vraiment hâte du premier feu de cheminée mais il faut aussi savoir profiter de ce qui est présent. Je peux encore être dans l’atelier sans chauffage, je peux réaliser facilement des tentures qui sèchent rapidement. Tout est facilité quand il fait beau. Le seul bémol c’est la sécheresse comme je l’avais expliqué, l’impression végétale est très difficile. Peut être qu’avec la pluie des derniers jours cela va s’arranger. Je referai des essais en fin de semaine.
La rentrée
Chaque rentrée est particulière. Un peu comme aussi le début de l’année. Ce sont des périodes de renouveau et en même temps on peut ressentir quelque chose qui se pose, qui se dépose et qui a besoin de murir. De murir longtemps voir des fois très longtemps.
Cette année, après l’été brulant, il y a de la joie d’aller dans un mois plus doux, même un grand soulagement. Et pourtant, il y a un pas qui n’ose pas être franchi. Comme une retenue. Revenir dans le tourbillon est parfois difficile. Mais après le pas fait, le pied levé et cela se passe souvent avec une grande fluidité.
La joie des débuts
Quelle joie de commencer une nouveauté. Il y a quelque chose de grisant, de vivant et de si vivifiant. Une énergie qui émane de cela et qui nourrit tellement. J’aime profondément cela. D’ailleurs tellement qu’il est difficile après d’animer la suite. Toute l’énergie disponible et mise sur les premiers mètres et après il ne reste plus rien.
Enfin, restait. Car avec le temps, on apprend à mieux se connaitre et on peut s’ajuster. Aujourd’hui, j’adore les débuts mais je sais qu’il me faut m’économiser pour faire durer et pour parfois si cela est nécessaire, finaliser et clôturer, un nouveau projet par exemple.
Et puis il y a la joie des débuts renouvelés. Comme celle de l’écriture ces dernières semaines. Une joie profonde avec une envie d’ancrer cela dans le quotidien sur une durée illimitée. Et pareil, il faut accueillir cela mais aussi faire durer cela. Alors un petit peu chaque jour, c’est parfait.
Le bouleau grillé
Oui, le bouleau juste à côté de la grange est pratiquement grillé. Ces feuilles sont devenues jaunes en août, puis virent vers le marron et de nombreuses sont déjà tombées sur le sol. C’est un des premiers arbres à souffrir de la sécheresse. Surtout que pour ne rien arranger, de nombreux arbres ont été coupés autour de lui renforçant malheureusement l’exposition au soleil. Je le trouve beau, majestueux et en même temps si fragile.
Je me questionne beaucoup sur comment va être cet automne. Je vous le partagerai quand il sera là.
La magie de l’air frais du matin
Avez vous déjà gouté l’air frais ? Vraiment frais ? Qui réveille en un instant. Ravive le corps et l’esprit. Donne de l’énergie pour toute la journée. La sensation du froid sur les pieds nus, de la fraicheur dans la nuque, des petits frissons qui parcourent la peau par moment.
Quel bonheur cet air frais, le soir, le matin et la nuit ! Cet été il nous a beaucoup manqué par moment.
Et puis ce qui est très agréable aussi, c’est après d’aller dans le jardin, marcher, observer les plantes, aller dans le potager, regarder le soleil qui se lève, la lumière sur les feuilles des arbres, un temps suspendu qui énergise !
L’atelier
J’ai pratiquement fini le rangement de l’atelier. Quelle joie !
Il ne me reste que toute la matière naturelle accumulée sur le grand bureau dans la partie droite. Mais je sais aussi que cela va permettre d’arranger l’organisation des étagères, et cela prend toujours plus de temps. Je ne sais pas quand je pourrais m’y atteler. J’avance en parallèle sur la préparation des prochaines expositions.
Il y a comme une grande paix maintenant que l’espace est plus grand, que tout est presque tout rangé.
La beauté du feu
Hier soir nous avons fait un feu pour cuire une partie du repas. Dehors, autour des pierres, à sentir sa chaleur, il y a quelque chose de très ancestral qui remonte. J’aime profondément cela. D’ailleurs cette sensation m’avait manqué. Bien sur en pleine canicule, l’envie ne s’est jamais manifestée mais la douceur qu’il amène, la promesse des jours plus froids fait tellement de bien après cet été brulant.
J’adore les soirées froides d’hiver, tous rassemblés autour du feu du poêle, à déguster une bonne soupe et à rigoler ensemble. J’aime tellement ces temps à lire, à se reposer. Ils sont si importants pour reprendre de l’énergie et rentrer dans les autres saisons.
En ce début de septembre ce temps là est encore loin, mais il y a de l’apaisement à sentir que cela arrive. Et puis des fois, savourer juste 5 minutes du feu du foyer devient un petit plaisir de la journée.
La lumière et les ombres
C’est sublime la lumière et les ombres qu’elle projettent. Que ce soit dans les intérieurs avec une projection des ombres sur les murs. Que ce soit à l’extérieur avec surtout le coucher du soleil et les ombres des arbres presque noires comme peintes à l’encre de Chine, au crépuscule. Et puis ces instants sont fugaces, ils ne durent que quelques minutes car le soleil continue sa course. Alors il faut savoir les saisir et les apprécier.
Ce matin, je suis restée au lit plus tard que j’habitude et l’ombre de la fenêtre et des feuillages aux travers desquels ils passent était sublime. A un instant, le lierre était parfaitement découpé. Mais quelques secondes plus tard, cela commençait à s’évaporer.
La lumière et l’ombre, toujours des temps suspendus.
Les visiteurs nocturnes
La nuit dernière, en plein milieu de la nuit, il me semble avoir vu trois petits sangliers farfouiller juste sous la fenêtre de notre chambre. J’ai sorti une lumière et leur ai gentiment demandé de partir. Il faisait vraiment noir donc je ne les ai pas bien vu mais je les ai entendu partir. Mais dans la nuit ils sont revenus. Et le lendemain matin, nous avons pu voir quelques discrètes traces dans le jardin, près de la petite maison devant la porte grillagée des poussins et devant mon atelier. Cette nuit, il ne me semble pas qu’ils soient revenus.
Faire évoluer sa pratique
Avec le manque d’eau, les végétaux souffrent et les feuilles sont très dures, presque sèches. Alors j’adapte. Je serre davantage les tissus, les enroulent bien serrés autour d’un bâton et surtout je laisse cuire plus longtemps et après la cuisson je laisse encore. Et le résultat est toujours intéressant. Là encore, cela s ‘imprime de manière évanescente. Aucune fougère n’a bien marché cette année.
Mais une couche s’ajoute, donne de la profondeur et l’oeuvre obtenue sera un témoin de cet été torride.
Et puis cela pousse la créativité plus en profondeur. Des nouvelles approches naissent avec toujours l’élan si présent de retranscrire le vivant et son essence de manière plus intense.
Le retour de la marche
Cette semaine, j’ai repris le chemin qui mène du bas du village, à la maison. Quelle joie ! Marcher, voir la nature autrement. Le regard change d’espace, de temporalité quand nous sommes à hauteur d’homme. J’ai été surprise en passant dans un endroit, de la hauteur des arbres. Ils forment une haie au bord du chemin si haute que l’on peut se sentir si petit. En voiture, cette sensation n’est pas du tout présente.
Et puis ces temps là, sont aussi des temps de cueillette. Je suis dans une recherche effrénée de prunelles. Alors je me laisse guider et j’ai découvert plein de buissons, certains remplis mais trop difficiles d’accès, comme souvent. Les baies seront pour les oiseaux et c’est très bien comme cela. C’est très important de respecter cela. La cueillette se fait toujours en respectant la plante, en laisser assez pour qu’elle puisse se reproduire et les animaux qui peuvent s’en nourrir, ou le sol qui a besoin de ce retour à la terre.
Alors voilà, sortir son panier, marcher, tendre la main, ramasser les baies, regarder, observer le sol si sec et déjà des centaines de feuilles marrons clairs dessus. On se croirait en février après des journées très sèches où les feuilles prennent une couleur claire. Cette année est si particulière.
Et puis, la beauté de la marche et de la découverte, j’ai cueilli du cynorhodon quel bonheur ! Un agriculteur a taillé les haies et beaucoup de branches étaient déjà sèches. Alors j’ai été ravie de pouvoir faire une belle cueillette et de laisser celles sur des branches bien vertes. Cela faisait longtemps que je n’avais pas été en lien avec cette plante. C’est toujours une joie de « retravailler » avec un végétal. Le lien se renforce et une profondeur s’installe.
Les visites chez nous
Nous recevons peu de visites imprévues. Globalement je trouve que cela se perd même si nous habiterions autre part. On ne passe plus chez les gens à l’improviste. On appelle avant et on convient d’un temps. On cale tout dans des emplois du temps bien cadrés. Oh je m’inclus bien sur dans le lot. D’ailleurs de fois je me dis que j’aimerais bien passer chez quelqu’un, mais la peur de déranger surgit et l’élan est stoppé dans les premiers temps.
Alors j’aime particulièrement cela. Les moments de rencontre non prévus ! C’était jeudi matin, notre voisine du village, M, vient souvent se promener et passe par chez nous. Ce matin, là, la cloche a résonné. M est de ces personnes toujours en joie avec un sourire à nourrir l’être pendant un mois entier ! Elle a accepté un thé et nous voilà attablés en discutant joyeusement. Un temps suspendu tellement doux de bon matin !
Et puis ce dimanche, c’était la marche l’Amurienne organisée par l’association de marche du village, l’AMUR. Beaucoup de personnes sont passées devant chez nous et nous étions en train de faire les travaux dans la grange. J’ai revu P. Une élève de yoga, un moment très agréable aussi. J’ai aussi discuté avec quelques personnes. C’est impressionnant de voir l’élan des gens sur notre projet et juste même notre lieu.
Une journée bien accomplie
C’est toujours agréable, cette sensation le soir, d’une journée pleinement accomplie. Comme si l’être était nourri en profondeur, que le corps avait été pleinement en mouvement et que l’esprit était apaisé. Cette sensation a été assez présente cet été, et souvent les weekends en période scolaire. Quand il n’y a pas d’horaires précis, que la journée s’étale avec beaucoup de disponibilités. Quand nous suivons ce qu’il y a à faire et que nous passons des temps ensemble ou solo. Cela peut être des travaux dans la grange, s’occuper du potager, entretenir la maison, cuisiner, ranger, être dans l’atelier, préparer des oeuvres, partager des temps en famille, aider les enfants, etc.
J’aime ces journées profondément ! Ce qui est le plus délicieux c’est ce sentiment de paix et de fatigue saine le soir dans le lit. Quand le corps trouve enfin le repos, la douceur de ce moment et ce relâchement intense font vraiment prendre conscience de la belle journée qui vient de s’écouler.
La voie de l’écriture
Le matin.
Le matin c’est vraiment le meilleur moment pour écrire. Il m’a fallu des années voir des décennies pour le comprendre. Alors ces dernières semaines, je n’y déroge pas, c’est mon ancre pour la journée.
L’écriture est un processus difficile à appréhender. Avec mon premier livre, comme le sujet était bien posé, le cadre de l’écriture avait été très facile à mettre en place et à suivre. Mais pour un autre projet, moins sur un sujet d’expertise comme le roman, c’est plus difficile.
Alors j’ai fait comme je fais toujours. D’abord zéro méthode, l’élan qui portait seul l’écriture, mais bien sur aucun ancrage dans le temps. Après le besoin de mettre du cadre. Alors après un peu plus de cadre, mais le temps a fait son oeuvre et cela s’est étiolé. Car en fait écrire prend du temps et de l’espace. Il m’était difficile de me pencher sur le roman et juste d’écrire pendant une quinzaine de minutes par ci par là. Alors j’ai dégagé du temps et là pareil, le quotidien vient rattraper ainsi que la peur de l’écriture. Car oui écrire demande un engagement fort et intense. Quand le temps devant son livre s’ouvre, une peur profonde ressurgit et là toute autre tâche devient beaucoup plus accueillante. Alors une grande pause s’est imposée. Et puis là, quelques temps après, a émergé autre chose. Une envie de déposer des mots puissante mais sans autre chose que cela.
Ecrire pour écrire
Ecrire pour partager
Et surtout, surtout, écrire pour partager l’amour de la forêt, sa beauté et le besoin d’en prendre soin.
Mais pas écrire pas pour la gloire, pas pour être publiée ou autre chose
Et cela change tout car la pression disparaît et la joie renait. Juste l’élan et le processus qui s’ancre et qui est porté par quelque chose de plus grand. Avoir une intention en lien avec le vivant me porte toujours et est la base de mon art. Si cela n’est pas posé clairement, rien ne s’installe durablement.
Alors tous les matins j’écris et je partage cette vie au coeur de la forêt.
Une vie intense et douce à la fois,
Une vie challengeante souvent et joyeuse tout autant
Une vie rude et dure quelques fois, mais cela en vaut toujours la peine
Une vie en lien et en symbiose avec la nature !
Et la voie de l’écriture suivra sa propre trace.
Les graines et une nouvelle saison
J’ai déjà écrit sur ce sujet, cette année, il me passionne. Et puis il faut dire que cet été a changé beaucoup de chose. Elles sont en abondances et elles arborent de nombreuses couleurs, je n’ai jamais vu cela c’est incroyable. Comme si les plantes avaient subit quelque chose d’extrême et produits en grande nombre pour sauver l’espèce.
Les tiges de berce sont si hautes et recouverte de si nombreuses graines dorées.
Les hampes de patience sont marrons comme dans le sud, ici je ne les avais jamais vu aussi foncées.
Les boutons de carotte portent de nombreux dégradés et évoluent vite. Au début cela peut être rosé beige, puis plus foncées puis virer vers le violet.
Celles de lampsanes sont parfois presque marrons foncées.
C’est un véritable festival qui propulse la créativité et l’envie d’oeuvrer avec elles, vraiment ! Peut être que c’est du à cet été que le déclic s’est produit et qu’une oeuvre émerge avec elles, peut être pas. En tout cas c’est une grande joie.
Et puis la conséquence de cela c’est que les graines ont commencé à sortir très tôt. Comme il fait encore chaud, ces premières graines ont déjà germées et les plantes ressortent. C’est ce que j’appelle le deuxième printemps. Une intersaison entre deux saisons qui rappelle la saison du renouveau. J’ai d’ailleurs appelé une oeuvre « deuxième printemps » en lien avec ce phénomène.
La forêt silencieuse
Est ce que la forêt est silencieuse ?
Et bien, non absolument pas. En ce moment, même si cela a baissé en intensité, de nombreux oiseaux chantent encore, des insectes volent toujours. Et la nuit, c’est aussi un festival, notamment en ce moment avec les sangliers qui furètent et les chouettes. La forêt n’est jamais vraiment silencieuse, car en fait elle grouille de vie. L’apothéose est entre le moi de mai et mi juillet. Après la phase de réveil, tout est ressorti, les insectes, beaucoup de bébés oiseaux sont nés ainsi que chez les mammifères. Les plantes sont bien déployées et les feuilles des arbres aussi. La vie est alors à son apogée.
Et puis depuis mi juillet, cela baisse. C’est comme si la forêt se vidait petit à petit. Même si là, début septembre la vie est encore bien présente. Et puis chaque jour, cela va diminuer, mais sans que l’on s’en rende compte jusqu’à l’hiver où cela se plus faible mais jamais silencieux car certains oiseaux restent ici.