Chroniques de l'été / Première semaine de Septembre

Chroniques de l'été / Première semaine de Septembre

Lundi

La fameuse rentrée

Cette année, je ne sais pas pourquoi la rentrée a une saveur particulière. Je ne peux pas l’expliquer. Il est intéressant de voir et de ressentir comment les saisons se suivent mais ne se ressemblent pas. Chaque année c’est différent, il y a une énergie propre, la nature qui vit à sa manière et cette semaine n’y échappe pas. En effet, par exemple, cette année ne sera pas une bonne année pour les glands des chênes d’Amérique notamment, il y en a peu qui sont tombés et ils sont petits, l’année dernière avait été prodigieuse. Par contre j’espère que nous aurons des châtaignes mais il faut patienter encore quelques semaines. Beaucoup d’arbres ont déjà perdu leurs feuilles, surement à cause de la canicule, nous n’avions jamais vu cela encore. 

Ce matin, la pluie a vite laissé la place à la brume qui s’accroche aux collines. Un vrai temps d’automne ! J’ai pris le temps de me promener longtemps pour rentrer dans ce temps avec douceur et présence. J’avais pris mon sécateur et des sacs. Je suis tombée sur les branches de prunelliers tombés depuis plusieurs semaines gavées de fruits. J’en ai ramassé seulement un quart je pense, je ferai la suite la semaine prochaine. C’est tellement agréable d’allier la promenade et la cueillette. D’ailleurs je rentre souvent de temps en nature bien chargée, même si je fais attention à ne pas envahir mon atelier et bien sur, je respecte les règles de cueillette et ne prélève que si la nature est abondante cette année là. Je n’ai pas cueilli de millepertuis ni d’achillée car il n’y en avait pas assez. J’ai croisé une « voisine » et amie, M, nous avons discuté quelques minutes, une rencontre qui met de la joie dans le coeur. J’ai également trouvé une énorme liane de houblon. J’aime tellement cette plante. Je vais le faire sécher et garder les magnifiques fleurs pour la tisane les soirs de nuits sombres et longues. 

En rentrant, j’ai mis le prunellier dans la marmite et j’ai lancé la teinture. Comme un rituel qui pose les bases de ces prochains mois, qui permet de rentrer dans un nouveau rythme avec justesse. Et puis, prendre le temps de faire le planning pour cette semaine, d’ouvrir l’ordinateur et de déposer ces mots. 

Ces temps ci, une question m’habite : qu’est ce qui fait que nous sommes dans un lieu ? Plus précisément, qu’est ce qui fait que nous avons envie d’en prendre soin ? Qu’est ce qui fait que nous préférons passer nos weekends à oeuvrer pour ce lieu plutôt que dans des loisirs ou weekends à l’extérieur ? 

Cela est présent depuis longtemps. Nous avons choisi ce lieu, peut être est ce lui en fait qui nous a choisi. Nous avons d’abord rénové la maison. Nous avons choisi de le faire sainement, avec pour la plupart des matériaux écologiques. Notre cocon est si doux ! Et puis petit à petit cela s’étend : mon atelier, celui de JC et puis nous réfléchissons à la partir gite avec la création du budget. Il y a aussi l’entretien du jardin, des animaux, c’est un lieu qui demande une énergie, un engagement colossal mais aussi des moyens financiers importants. Mais nous n’imaginons pas la vie autrement. Nous aimons ce lieu, nous en prenons soin, des fois c’est fatiguant. Des fois, nous nous sommes retrouvés en décembre, sous la pluie, les pieds dans la boue en train de creuser pour réparer l’eau de source qui n’arrive plus jusqu’à la maison, sur le moment, pas évident à vivre. Des fois, nous sommes tristes de perdre une poule, des fois nous préfèrerions rester au frais que sortir dans la chaleur et faire du potager. Mais en fait il y a quelque chose de plus profond que soi. Donner. Donner et offrir à ce lieu ancien, notre énergie et notre force pour le développer et le déployer. C’est assez difficile je me rends compte de poser des mots sur cela. Car c’est ancré à l’intérieur, c’est un appel qui est présent depuis que notre couple existe et qui se réalise, ici, dans cette forêt du Morvan, et qui nous rend vraiment vivant.

On me demande souvent mon rapport au temps. Je vais être honnête, ce n’est pas parce que nous vivons dans la nature, que nous sommes coupés du monde, bien au contraire. Du coup nous ressentons le temps et sa pression, le quotidien est bien présent et nous aspire très souvent. En effet, JC va à Lyon régulièrement pour le yoga, les enfants à l’école et je donne des cours de yoga pour ne citer que quelques exemples. Mais ce qui je crois nous apaise c’est que nous avons peu de sollicitations extérieures, nous sommes peu soumis aux publicités, aux embouteillages, à la queue dans les magasins et je crois cela change beaucoup de choses. Non loin de moi de juger un mode de vie différent, je partage notre quotidien. 

Mardi

Il fait le même temps qu’hier mais avec moins de pluie. Le ciel est parfois gris, parfois dégagé, puis bleu azur avec des nuages cotonneux d’un blanc pur. Ce matin, petit café avec une amie, temps de partages et d’écoute précieux !

La nature revit avec toute l’eau qui tombe depuis plusieurs jours. On peut voir l’impact du mois d’août si chaud, il y a énormément de feuilles déjà tombées. Hier en me promenant dans la forêt en bas du village, les feuilles formaient déjà un tapis bien épais assez surprenant pour ce début septembre. 

La rentrée est douce et même temps il y a une impatience. Toujours là. A la fois un moteur, une force accompagnée de beaucoup de frustrations. Juste accueillir que cela fait partie de soi et vivre le moment ! La douceur vient du fait que pour la première fois peut être je ne l’aborde pas sous l’angle de l’envie d’en découdre, d’avancer. Elle s’écoule tranquillement et je trouve une place au sein de ce rythme qui une fois de plus recommence. 

Dimanche, JC a trouvé une mue de serpent dans l’appentis, je l’ai placée dans mon atelier. Je la regarde et je me demande le lien qui va s’établir entre elle et moi. Le mot mue revient deux fois ces derniers jours : en plus de celle du serpent, nous avons fabriqué pour les petites poules, un petit enclos, qui s’appelle comme cela. En fonction des matières glanées, cela peut être très rapide ou alors prendre plusieurs mois voir années. J’ai le souvenir très vif d’une magnifique branche de sapin recueillie l’année dernière, je ne sais toujours pas comment l’utiliser. Cela fait partie du processus artistique, surtout ne pas chercher à le précipiter, le laisser venir et transmettre l’impulsion, l’élan qui le transformera en oeuvre. 

Le processus artistique revient. Cela fait du bien. Non pas qu’il était bloqué, juste que ce n’était pas le moment. En revenant, tranquillement, tout se remet en place petit à petit. J’avance dans l’écriture et sur la série d’oeuvres. C’est une série d’oeuvres éphémères, elles ne seront pas disponibles à la vente mais en tirages car elles ne dureront pas dans le temps, la plupart des couleurs ne seront pas fixées et les végétaux collés dessus perdront leurs sublimes couleurs avec le temps. Mais c’est très agréable de laisser libre cours à ce qui vient. Cela m’amène à travailler avec des matières pour la première fois comme les gerbes pourpre profond de l’amarante ou encore de l’huile essentielle d’achillée. Il me restait un fond d’huile dont la date d’utilisation était passée, j’ai décidé de la garder pour l’art car la couleur proche du vert sapin est sublime. 

Cet après midi, je vais chercher quelque chose dans la maison et en arrivant sur la terrasse je vois une buse s’envoler tout près de l’enclos des poules. Je pousse un hurlement pour la faire fuir. Je ne sais pas si les ballons installés dimanche font leur effet. Ce sont des ballons assez colorés qui imitent les yeux des grands ducs, les seuls prédateurs des buses. Nous en avons placé trois à des endroits différents pour essayer de quadriller leur point de mire. 

Grisouille, notre chevreau, grandit bien, il va bientôt avoir neuf mois. Il fait pratiquement la taille de sa maman, il la tête toujours d’ailleurs. Les chèvres sont des animaux très attachants. Ils sont proches de nous, recherchent notre contact. Elles débroussaillent de manière très efficace, c’est pour cette raison que nous en avons pris, et sont très gourmandes et extrêmement sélectives ! Nous avions des moutons que l’on nous avait prêté il y a trois ans. Un animal totalement différent. Ils broutaient énormément et entretenaient très bien le près contrairement aux chèvres. Mais ils étaient aussi très peureux et nous n’avions pas créée le même lien qu’avec les chèvres. 

Mercredi

Nuit agitée, la chambre était énormément éclairée. Je m’aperçois que certaines pleines lunes sont très puissantes en terme d’intensité lumineuse et cela m’empêche de dormir ou me réveille. Il y a aussi souvent le faire que dans cette phase lunaire là, le sommeil est plus perturbé. Après quelques recherches, la pleine lune sera dimanche donc c’est fort probable que l’intensité de la lune soit déjà plus présente. Dans notre chambre la fenêtre est en demi cercle, nous en avons commandé une sur mesure et donc impossible de mettre des rideaux ou des volets. Alors nous avons appris à dormir comme cela et aujourd’hui nous ne pouvons plus nous en passer. Dormir sans volets et la fenêtre ouverte c’est la base en toute saison ! 

Coupes en forêt

Cet été, il y a de nombreuses coupes dans la forêt autour de nous. La forêt est privée et cela fait très longtemps qu’elle n’a pas été entretenue. Les coupes sont faites pour préserver le chemin en élaguant les arbres qui sont au bord et il y en a aussi plus à l’intérieur. Je comprends tout à fait ce principe, cela en plus permet d’avoir un de nos accès qui sera restauré et c’est important mais aussi l’entretien de la forêt est important. Mais le bruit des tronçonneuses pendant une grande partie de l’été, parfois à quelques mètres de notre lieu, et le fracas des arbres qui tombent sur le sol m’ont vraiment fait mal au coeur. Voir tous ces arbres couchés sur le sol, toutes ces branches de feuilles qui sèches, tous ces troncs empilés, c’est difficile. J’ai de la tristesse parce que je pense qu’il n’y a pas forcément de respect dans ces coupes, même si bien sur ce ne sont absolument pas des coupes rases. 

J’ai demandé il y a quelques semaines au responsable si je pouvais récupérer des « galettes » de tronc pour pouvoir les immortaliser en les imprimant. Je voulais laisser une trace de cette action de l’homme sur son environnement. Il a été vraiment très gentil et m’a dit oui dessuite. Mais l’autre jour, en revenant du footing, j’ai vu un lot de 4 troncs nus d’environ 20 cm de diamètre et 2 mètres de longs, sans écorces et sur lesquels les galeries de scolytes, ces insectes xylophages (qui mangent le bois). Et là, une idée a émergé, essayer d’imprimer un tronc en entier pour voir l’ensemble des galeries. Retranscrire la beauté de ces galeries et témoigner aussi en même temps de la destruction des arbres car ces insectes ravagent de nombreuses essences. 

D’un point de vue technique artistique, c’est un challenge car jusque là les troncs étaient petits. Cela va être un de mes projets de l’automne/hiver. Pour imprimer, j’utilise un chalumeau donc c’est une pratique que je fais pendant les saisons humides, car en été, surtout cette année, le risque d’incendies est trop grand. 

Cette journée est belle ! Le ciel est bleu assez dégagé et l’air est chaud. Promenade à vélo dans la forêt cet après midi et tri des pêches données par une de mes « élèves » de yoga. Elles sont plus amères que celles dont nous avons l’habitude, un peu de sucre sera ajouté dans la compote je pense. Je vais aller ramasser des noix aussi. D’habitude, je le faisais trop tard et elles n’étaient pas bonnes mais peut être cette année, ai je une chance d’en avoir un peu. 

Jeudi

Journée d’automne. Pluie, ciel gris et brume qui flotte sur les collines et enveloppe les sapins. Il y a dans le corps un sentiment d’apaisement. Après le feu de l’été, il y a un grand besoin de repos et de détente. En effet, durant les mois de juillet et aout, il y a tant à faire, prendre soin, cueillir, cuisiner, conserver, faire sécher … la liste est longue. Mais quand arrive septembre, une grande partie est faite et à l’intérieur il y a le besoin de baisser le rythme. Et bien sur, tout cela est en perpétuel mouvement. Rien n’est figé : hier il faisait un temps radieux, aujourd’hui c’est l’inverse donc l’adaptation est demandée en permanence. 

L’amour de la lecture

J’ai toujours aimé lire. Je me souviens parfaitement du jour où j’ai décidé que j’allais plonger dans la lecture. J’étais en CE2 et j’avais choisi de prendre un Alice et de le lire en entier. Cela m’avait pris deux semaines et depuis je n’avais pas arrêté. Il y a dans les livres, dans les mots, quelque chose qui nourrit en profondeur. S’immerger dans des mondes, se relier à des personnages, apprendre, découvrir et surtout ressentir ! Quel bonheur ! Il y a des souvenirs très précis de certaines lectures plus jeunes. La chambre, la musique, la période de l’année sont inscrits pour toujours et font partie des doux souvenirs : le premier Seigneur des Anneaux où il faut arrêter la lecture car le lendemain il y a école, les premiers romans victoriens en automne bien au chaud, la lecture des livres de Daphné Dumourier dans le salon près de la cheminée avec ma soeur, ma mère et ma grand mère autour. Et puis il y a l’excitation, l’envie de dévorer le livre quand l’histoire devient aspirante. L’émotion quand un livre est fini et qu’il fait encore palpiter le coeur. Certaines histoires et personnages laissent une trace profonde parfois inspirante qui vient nourrir les jours suivants. Depuis plusieurs années, j’ai la sensation que chaque livre est lu à un moment parfait. 

Il y a aujourd’hui avec le recul de l’admiration pour ces écrivain.e.s qui sont les dépositaires de toutes ces histoires lues et à venir. Car écrire n’est pas si facile, cela demande une grande présence et un engagement ancré. 

Ces derniers temps, j’ai énormément lu. Cela me permet de sortir des écrans je l’avoue et puis j’ai par périodes un grand besoin de m’abreuver d’histoires et de mots. Je lis beaucoup de romans, mes préférés sont ceux historiques et notamment ceux qui se passent à l’époque Victorienne en Angleterre, je ne sais pas pourquoi. Je crois que c’est ça qui m’amène à écrire. Partager est souvent un mot qui revient, partager ce qui fait sens, cette vie en nature si intense. Mais partager à travers un média qui nourrit, sortir des choses rapides et instantanées et s’inscrire plutôt dans du temps long, dans quelque chose de tangible, peut être un livre qui sait ! J’ai mis longtemps à accueillir cela, à lui faire de la place, mais aujourd’hui, cela devient indispensable je crois. Alors merci de lire ces mots !

Les couleurs de la fin de l’été

La lumière change, elle devient moins éblouissante et plus chaude, surtout les jours de pluie. Parmi les couleurs de cette fin d’été, il y a le bleu gris profond du ciel chargé de précipitations, le blanc pur de certains nuages, le vert clair de l’herbe qui renait après la sécheresse et le brun carmin de fougères qui ont déjà séchées. 

Vendredi

Belle journée, très belle journée même. Le soleil réchauffe par moment et c’est bien agréable. Il y a dans l’air un relent d’été, une douceur qui fait du bien. 

Déjeuner avec A, temps de partages et de rires. Elle m’a offert un magnifique bouquet dont les couleurs sont douces. Le rose pale un peu orangée de la marguerite apporte tant de chaleur douce. Cette couleur est la même que celle de la compote de pêches faite cette semaine, je l’apprécie énormément ! 

Samedi

Quel magnifique ciel ! L’air est frais mais empreint de la douce chaleur de la journée à venir. 

Hier j’ai peu écrit, la journée était dense. Il faut du temps pour appréhender, comprendre et faire sien le processus d’écriture. La temporalité est un élément très important. L’impatience a guidé une grande partir de ma vie. Mais ces dernières années, en vivant en forêt au rythme de ses cycles, autre chose émerge. Une douceur vers ce qui se dépose lentement, peut être même plutôt, envers ce qui vient à son propre rythme. Le rythme humain en est un, celui de la nature aussi mais je ne pense pas que l’humain doive prédominer au contraire. Plus nous pouvons être reliés et même faire corps avec celui du vivant, plus la vie peut prendre une autre voie que celle qui est prise en ce moment. 

Dimanche

La journée s’annonce splendide, comme hier. Le ciel est dégagé, l’air est encore frais ce matin. 

Hier nous avons profité du beau temps pour installé une parabole pour internet. JC a du accrocher des longues à une poutre du toit et je l’ai assuré en bas. La parabole est accrochée et aujourd’hui, il faut la relier à un routeur dans la maison. 

L’après midi, les enfants étant chez des amis, nous sommes partis découvrir un lieu d’escalade à 15 minutes de chez nous. A la fin de nos études, nous avions commencé l’escalade. J’avais adoré cette pratique mais aussi très peur de la chute. Et puis avec le temps, le travail, nous n’avons plus pratiqué. JC lui a repris un peu il y a deux ans sur Lyon. Mais cet été, nous avons pris un cours en famille en Chartreuse et nous avons adoré. Alors après nous être équipés, nous voilà repartis, cette fois avec les enfants qui ont fait cela en salle le vendredi et hier juste JC et moi.

Je me suis aperçue que cela m’avait manqué, le contact de la pierre, la concentration intense, l’accueil parfois de la peur, la sensation de déplier son corps, d’arriver à monter. Pour l’instant, les jambes sont encore un peu paralysées alors les sensations sont encore assez infimes mais petit à petit, cela va s’ouvrir. La forêt était splendide hier. C’est ce que j’aime, être dehors, au contact des éléments, et pouvoir respirer, être présente et mettre le corps en mouvement. 

Faire des choix

Vivre en forêt nous a demandé dès le départ de faire des choix. Habiter ici et acheter des 4x4 pour accéder à notre lieu ou ne pas habiter ici. Installer une parabole, même si l’entreprise appartient à un milliardaire américain très controversé, pour avoir une connexion internet car la fibre étant en aérien est très soumise aux chutes de branches. Il faut savoir arbitrer car pour nos métiers, il nous faut absolument internet, c’est d’ailleurs grâce à cela que nous sommes venus vivre ici. Et puis bien sur, il y a des choix plus engagés dans nos valeurs comme rénover de manière écologique même si au départ nous n’avons pas trouvé d’entrepreneurs disponibles, faire installer une phyto épuration, cultiver un potager, acheter peu de produits transformés, réduire les emballages, ne pas avoir pris l’avion depuis plus de 10 ans … 

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