Chroniques de la fin de l'été / Printemps et été 2025

Chroniques de la fin de l'été / Printemps et été 2025

Le vide fertile

Alors que nous allons rentrer dans quelques jours dans la seconde partie de l’été, je reprends le fil de l’écriture. Une grande pause s’est imposée dans mon processus. 

Besoin de vide 

Besoin d’intégrer

Et surtout besoin de comprendre comment ce processus créatif prenait vie à l’intérieur

Car tout processus nécessite un temps d’intégration, un temps pour savoir comment il fonctionne, comment il s’active et comment il vit tout simplement. De mon côté, il m’aura fallu cette pause pour sentir que j’avais besoin de dégager du temps, de l’espace pour pouvoir m’y plonger pleinement.

Car jusqu’à présent je n’avais fait que l’effleurer, le toucher du doigt et commencer à l’apprivoiser. Il a fallu aussi dépasser la peur, la peur que cela aspire tout, qu’il dévore ma présence et prenne toute la place. 

Alors aujourd’hui, quelle joie de me rassoir, d’ouvrir l’ordinateur et de reprendre la plume et d’y trouver une douce saveur ! 

Un printemps doux

Le souvenir que je garde de ce printemps est un printemps doux, vif et profondément joyeux. La nature s’est développée à une vitesse prodigieuse. 

Les fleurs sortent les unes après les autres 

La digitale pourpre est ses clochettes si dangereuses que sublimes

Les Carottes sauvages et leurs belles couronnes de fleurs 

Les silènes 

Le millepertuis à la fin du printemps qui annonce déjà la saison suivante 

L’achillée (prononcée normalement akillée mais je préfère achillée) qui peut se faire discrète par endroit ou à d’autres se déployer pleinement 

Et celles qui viennent garnir nos repas : ortie, berce, plantain, égopode

L’armoise qui petit à petit s’érige vers le ciel 

Et j’en oublie tellement ! 

Les arbres n’ont pas été en reste et leurs floraisons se sont succédées offrants ainsi aux collines leur présence et leurs couleurs. 

Les merisiers d’abord avec leurs pétales qui s’envolent dans le vent tels des flocons de neige.

Puis après discrètement les aubépines avec leurs fleurs si délicates ainsi que les prunelliers qui les précèdent. Ces derniers donneront des prunelles qui j’utilise en teinture notamment. 

Puis les robiniers faux acacia avec leurs grappes blanches à l’odeur délicate et acidulée. J’en ai fait des pétillants un peu capricieux je dois l’avouer. 

Les érables et leur vert clair si doux ! 

Ensuite le tilleul ! Et quel tilleul ! Je ne sais pas quel âge à celui dans notre jardin mais il est c’est plus vieux que mes parents. On peut reconnaître quand il est en fleur grâce à son odeur mais aussi au bruit des abeilles qui le butinent par milliers. 

Et pour finir les chataigniers et leurs chatons de leur couleur jaune clairsemée et leur odeur divine qui a véritablement embaumé la forêt

Et puis un jour, l’odeur disparaît tout doucement. Elle a laissé son empreinte dans nos coeurs. 

Le temps du partage

En mai et juin, j’ai réalisé deux expositions avec un photographe. Ce temps de partage est si précieux, j’en suis ressortie nourrie. Sur Autun, j’ai eu un élan comme jamais je n’ai eu je crois. Le lieu, une ancienne chapelle désacralisée m’a porté et une fresque de 15 panneaux représentant une forêt de feuillus est venue orner son côté droit. Quelle joie d’avoir vécu cela. Je me suis sentie portée par une énergie incroyable pour mener à bien ce projet !

Le mois de juin

Quelle chaleur ! Oui il a fait si chaud ! Autant l’année dernière nous avions eu un été assez catastrophique et le corps réclamait le soleil, nous en avons bien eu. Les journées étaient parfois épuisantes mais les nuits douces et fraiches. J’ai du mal avec la chaleur. Je suis pourtant née dans le sud et j’ai eu l’habitude des étés chauds mais comme il fait de plus en plus chaud, dès qu’il fait plus de 32 degrés, le corps peine et a besoin de repos. C’est pour cela notamment que j’aime tellement vivre en forêt pour cela en sortant le soir une polaire quand nous dinons dehors. Il a en été cet amour du frais et en hiver cet amour du chaud. Chaque saison attire son opposé comme une danse qui se fait avec beaucoup de fluidité. Les douches fraiches, l’air frais le matin qui réveille quand je cours, que je pratique le yoga ou que je suis dans le poulailler avec les animaux. 

Le potager 

Cette année, avec les expositions, mes différentes activités, la tête était ailleurs. Pourtant chaque année, j’ai envie de m’y mettre davantage. Mais cette année nous avons fait moins de planches de culture que les années précédentes. Et puis je suis rentrée dedans progressivement avec l’arrosage et les premières récoltes. J’aime quand cela devient une jungle et que l’on ne peut plus passer même si ce n’est pas pratique. Je passe un temps fou à empêcher les courges d’envahir les autres planches, elles se répandent à une vitesse folle, cela peut vite devenir hors de contrôle. 

Peut être pour la première fois, pourrons nous avoir des récoltes en hiver. Alors en juillet, je profite de l’été pour y consacrer plus de temps et semer pour cet automne et cet hiver. 

Fin aout

L’été a filé, le printemps aussi.

Printemps doux et ensoleillé. Juin chaud, juillet plus automnal, aout si fort ! 

Un temps si rapide. Et pourtant, en regardant en arrière, je peux mesurer l’intensité et la densité de ces dernières semaines. 

Des temps dehors, à prendre soin du potager, du jardin, des animaux. Accueillir un coq, des nouvelles poules, se remémorer celles qui ont été capturées par un renard ou une buse. 

De temps de marche dans d’autres espaces naturels, la Chartreuse, les Vosges. 

Des temps en famille, toujours délicieux !

Des temps avec des amis retrouvés après de longues années sans les voir

Des temps dans l’atelier, à le ranger, le nettoyer, pour y faire un cocon encore plus agréable pour les prochaines semaines. 

Se laisser éprouver par le sauvage

Ce matin, j’ai passé presque 2h à essayer d’attraper les jeunes poules qui nous ont rejointes. Elles se faufilent si vite et sont toutes petites, j’ai vraiment peur qu’une buse les attrape car avec leur blanc presque immaculé, elles sont une cible parfaite. J’ai pesté, râlé, failli me faire mal. Je me suis faite piquer par les orties, ce point ne changera pas du quotidien, je deviens très habituée maintenant car je me fais presque piquer tous les jours.  Cette année les piqures ont été assez nombreuses avec deux de guêpes qui ont élu domicile dans la serre (l’arrosage devient compliqué et la récolte aussi) et un frelon.

Vivre en nature a cela de magique, c’est que cela vient nous chercher dans notre quotidien. Mais c’est cela le vivant, très souvent non planifié, il amène une vie, des instants qui ne sont absolument pas prévus. Il faut accepter, s’adapter et jongler avec cela. Et encore ce matin, c’était drôle. Cela nous est arrivé plein de fois : être dans la boue en plein mois de décembre pour trouver la conduite d’eau. Electrifier une cloture à 5h du matin. Déplacer le potager alors qu’il vient d’être bien installé. Débroussailler presque 50 mètres carrés de ronce. Pester parce que les mures ont séchées et sont immangeables pendant que nous sommes partis en vacances et j’en passe.

J’aime cette vie ici. Je l’aime profondément. Dans certains moments c’est inconfortable, parfois difficile mais j’en ressors au combien grandie. Et je crois que cela fait vraiment du bien ! Il y a le réel, pas une image du sauvage fantasmé ou idéalisé, ici il est éprouvé ! C’est la première fois que je couche cela par écrit mais c’est quelque chose qui est fortement ancré. Nous avons besoin de nous frotter au quotidien, sinon nous nous endormons, nous devenons fainéant. 

Made with