Chronique de l'été / Deuxième semaine de Septembre
Deuxième semaine de Septembre
Lundi
Quel magnifique weekend. Les temps dehors, ensemble, sont si précieux à prendre soin de notre lieu.
Hier soir, nous avons découvert l’éclipse. Le ciel était sublime, dans les tons noir mais un peu éclairé par la lune pleine qui était de plus en plus rendue invisible. Comme un tableau de Soulages où le noir est la source de la lumière.
Ce matin, le temps est couvert mais il fait doux et l’air est chargé d’humidité.
Mardi
La brume est là. Au départ, s’accrochant à quelques arbres, puis petit à petit, elle remonte de la rivière et vient jusqu’à chez nous. Ambiance féérique car le soleil arrive à passer au travers et cela donne un éclat à la forêt. Et puis, petit à petit, les rayons se déploient, réchauffent l’atmosphère et la brume se dissipe. La journée s’annonce lumineuse !
Les instants suspendus
Chaque jour, je suis si surprise de ces actes de beauté que la vie met sur notre chemin. Des instants suspendus ! Des instants où l’espace de quelques secondes, le temps s’arrête presque, le souffle se fait profondément et la vie d’exprime pleinement.
La brume si fine dans les sapins
Une goutte d’eau qui tombe sur le pare brise et forme un cercle parfait pendant quelques secondes
Le sourire des enfants
La délicieuse odeur de la forêt le matin
Une feuille de chêne sur le chemin
Une oeuvre qui commence à émerger
Lever les yeux de son ordinateur et voir les feuilles du frêne doucement danser dans l’air du matin
Entendre les buses et les distinguer au fur et à mesure, une première, une deuxième et jusqu’à quatre qui prennent un courant ascendant et atteignent une hauteur vertigineuse pour ne devenir que quelques points noirs et glisser à travers la vallée.
Les couleurs
J’en avais parlé il y a quelques jours de ce magnifique rose pêche ! Il est de nouveau apparu dans le dernier pétillant à la pomme. Ces pommes sont si colorées, d’un rouge rosé vif et le liquide a rapidement pris cette belle couleur. A chaque fois que je la regarde, il y a comme un grand apaisement qui se produit à l’intérieur. Les couleurs qui apparaissent comme cela et sur plusieurs jours me surprennent toujours. J’ai le souvenir d’un weekend avec des personnes venues expérimenter la teinture et l’impression végétales. Nous avions bien sur au hasard, sans savoir ce que cela donnerait, utilisé du romarin, de la grenade et nous avions obtenu deux jaunes similaires. D’ailleurs, ces dernières semaines, je teins avec des baies (mures, prunelliers et cassis que m’a donné ma voisine) et les roses obtenus sont vifs et assez semblables.
Le milieu de la semaine
Les journées se suivent et ne se ressemblent pas. Le temps ondule dans la journée entre l’été et l’automne. Parfois le soleil réchauffe pendant quelques minutes puis après les nuages gris arrivent et quelques gouttes tombent.
J’ai ramassé quelques glands de Chênes Rouges D’Amérique. Je les trouve magnifiques car ils sont plus gros que ceux des chênes pubescents. Depuis plusieurs années, je les ramasse et je ne sais toujours pas ce qu’ils deviendront mais peut être que l’automne révèlera quelque chose.
Tristesse aujourd’hui vendredi de découvrir que les abricots déshydratés il y a quelques semaines ont pourri. Le stockage doit être amélioré. Parfois j’oublie. J’oublie qu’apprendre passe par des phases de ratés et d’échecs. Pourtant c’est essentiel. Dans la pratique artistique, au départ, les ratés sont omniprésents puis peu à peu, cela s’intègre et l’apprentissage prend une autre ampleur. L’année prochaine je stockerai dans des boites je pense.
Ces derniers jours, retrouver les mots c’est comme retrouver des vieux amis. J’ai cette sensation avec les plantes quand elles sortent à chaque saison. A l’intérieur les mots sortent « enfin te revoilà ! ». La force des actes quotidiens, comme des petits rituels, qui jour après jour s’ancrent dans une réalité de plus en plus tangible.
Cette semaine, j’ai laissé la couleur m’envahir, presque m’absorber.
Le rose des baies.
Cela faisait deux ans que je n’avais pas teint les petits fruits des arbustes qui donnent un rose si intense que le coeur s’ouvre instantanément. Le robe des prunelles assez doux, celui plus intense du cassis ou encore le pastel de celui du mahonia. Je travaille toujours sur la série d’oeuvres pour le studio. J’ai aussi imprimé de l’amaranthe, un temps assez vif et j’ai plongé dans ses couleurs. Une palette de ton irisés ! Une joie infinie qui arrive !
Un matin le soleil a percé derrière les chênes rouges en formant une brume fine et délicate. Un instant de beauté ! Il y a dans les ciels tant de moments à capter, à observer et surtout qui invitent à respirer et à s’émerveiller.
Jeudi
Je prends le temps de regarder les chèvres brouter l’herbe en face de la maison. Et puis le regard s’oriente sur le côté et je remarque un arbre tombé. Tiens ! Il n’était pas là hier, il a du tomber dans la nuit. Je m’approche et je m’aperçois que c’est un bouleau ! Qu’est ce que j’aime cette essence ! Et là, une merveille apparaît. Les scolytes, ses insectes ravageurs de certains arbres ont creusé de magnifiques galeries qui représente comme une empreinte digitale. Alors saisissant l’élan et l’inspiration qui monte soudainement, je vais chercher le matériel pour immortalisé cela et l’imprimer sur les tissus colorés.
Et quelle joie ! C’est sublime de voir cela se déposer ! Mais aussi quelle gratitude !
J'utiliserai son écorce en teinture également dans les prochains jours.
Samedi
Ciel gris empreint d’humidité, il a plu cette nuit la terrasse est détrempée. Notre coq, Coquin, chante à partir de 6h30 et à presque 10h, il pousse à nouveau la chansonnette. J’ai l’impression qu’ils se répondent avec un coq du village. Les poules se sont bien avancées dans l’enclos, j’ai un peu peu des buses car les petites blanches font des cibles parfaites.
La soirée fut très agréable en compagnie de nos nouveaux voisins. Dans notre village, le mot voisin possède une connotation très large. La commune est très importante en superficie mais il y a moins de 1000 habitants. Elle comporte également de nombreux hameaux. De notre côté, nous vivons à plus de 700 mètres de notre voisine la plus proche, plus d’un kilomètre du village. Nous considérons nos voisins, les habitants du village et cela ouvre un champ de rencontres plus vaste.
Dimanche
Avec l’automne qui arrive et le matin gris, l’envie d’être à l’intérieur se fait sentir. C’est doux d’être au chaud, de s’assoir après le petit déjeuner et de se laisser aller à l’écriture en buvant une boisson chaude. Après l’envie de sortir sera là, mais pas tout de suite.
Et puis cela se fait, naturellement. Une cuve d’eau a été déplacée du poulailler pour récupérer l’eau du toit pour les animaux. Ce fut assez lourd et peu pratique à porter. La mue des petites poules blanches, qui ont d’ailleurs bien grandi, a aussi été rangée pour la protéger des intempéries et pouvoir la ressortir quand nous aurons des poussins.
Aujourd’hui, il a plu. Une petite pluie fine presque anglaise qui a égrené la journée. D’ailleurs l’après midi, nous avons installé internet dans nos ateliers sous la pluie. Il a fallu tirer des câbles sur plusieurs dizaines de mètres. Mais ce n’était pas désagréable du tout. La pluie était douce car le temps agréable.
Le premier feu ! Ca y est, les bûches sont déposées dans l’âtre, le petit bois par dessus, l’allumette s’allume et le feu prend vie ! Quelle joie de le retrouver. Il y a comme quelque chose d’instinctif dans le changement des saisons et leurs dynamiques. En été, les temps ensemble et de repas oscillent entre la cuisine et la terrasse et là depuis quelques temps, c’est entre la cuisine et le salon. Et hier soir, tout naturellement autour d’un feu de joie !