Chronique de l'automne / 7ème semaine

Chronique de l'automne / 7ème semaine

7ème semaine de l’automne

La seconde partie de l’automne

Ca y est, l’automne se déploie pleinement. Les feuilles si colorées tombent petit à petit recouvrant le sol qui devient foncé. La végétation se retire, à son rythme, et le temps froid arrive. Ce matin, le brouillard est là dans la forêt. Il enveloppe notre colline et entoure notre cocon. Car c’est bien un cocon qui est là, au coeur de la forêt. Un cocon que nous avons rénové pendant un an, de manière écologique, dans lequel nous nous sentons bien. En automne le cocon prend tout son sens. Le premier feu signe vraiment ce moment là. Toute la maisonnée se dirige vers le foyer. Quel bonheur de descendre le matin et de sentir sa chaleur qui se diffuse doucement. 

On pourrait déployer tout un champ lexical du cocon

Cocon

Foyer

Douceur

Chaleur

Détente

Apaisée

Prendre le temps

Accueillir 

En écrivant ces mots, je suis installée dans le fauteuil juste à côté du poêle. Il fait chaud et bon, je sens tout mon coeur qui se détend, qui accueille cette nouvelle semaine et les nuits longues. Car depuis le 1er novembre, une bascule se fait. Nous rentrons dans des journées de plus en plus courtes. Après la Toussaint et avant Noel, nous sommes dans les « jours sombres ». Rentrer dans ce temps est toujours difficile je trouve. Une part refuse et l’autre éprouve de la détente. Il faut juste un peu de temps pour accueillir ce temps, accepter qu’un cycle s’achève. Les arbres deviennent nus, tout le cycle de cette année prend fin petit à petit et ce n’est pas si facile que cela à vivre je trouve. Puis une fois que l’on se place dans cette transition, quelque chose lâche et c’est plus doux. 

Et puis en cette saison il y a tant de plaisirs : 

Boire une boisson bien chaude

Se réchauffer auprès d’un bon feu après un temps dehors

Manger les premières mandarines et agrumes. Ah leur odeur, quel délice !

Sentir l’air frais sur le visage 

Livre au coin du feu

Etre tout réunis le soir, en lisant 

L’air frais arrive et l’automne se déploie. Le brouillard sort par moments, et sa brume enveloppe la colline. D’autres jours, c’est le soleil qui est bien présent. Profiter de ses rayons chauds, ils ont une saveur particulière car il est moins présent vu que les journées raccourcissent. La lumière est si belle. Parfois chaude, elle apporte de la douceur aux paysages et parfois froide car elle fait briller l’herbe remplie de gouttes d’eau. Le vert devient presque argenté. J’aime observer les mélèzes et leurs changements progressifs. C’est le seul résineux qui perd ses aiguilles. Dans certaines régions, elles sont déjà jaunes brunes mais ici, le vert est encore présent. C’est vraiment une beauté !

Jeudi, la journée des temps suspendus

Le lever de soleil était magnifique ! C’est fou comme l’on oublie la beauté de l’aube en automne hiver. A chaque fois, c’est l’émerveillement. Le ciel prend des tons orangés, rosées, et quand le soleil monte dans le ciel, il vient rencontrer les nuages au dessus, un paysage sublime presque irréel.

En remontant dans le chemin, j’ai croisé un chevreuil. Il a traversé rapidement car je remontais en voiture temps suspendu ! Et en sortant de l’atelier, 3 oiseaux se sont envolés, et j’ai pu apercevoir 2 pics épeiches. Ce sont vraiment des oiseaux magnifiques ! Ils se sont posés dans le noyer au dessus, avant de s’enfuir plus loin. Autre temps suspendu !

Et puis en fin d’après midi, le vent fait virevolter les feuilles des arbres qui se déposent sur le sol, La manière avec laquelle la feuille est balotée, comment elle bouge, comment la lumière l’éclaire par moment, une féérie !

Habiter le monde

Avec les nuits longues, revient un questionnement. Avant, il était mal vécu, cela ramenait une nostalgie parfois dure à vivre. Mais depuis la vie en forêt, au départ ce questionnement dérange, mais quand il est accepté, quelque chose de plus profond peut se déployer. Ces derniers jours, la question « comment habiter le monde ? ». Bien sur j’habite dans la forêt, j’essaye au maximum d’avoir une consommation raisonnée mais je sens que cela peut être densifié. Et cela s’applique dans toutes les sphères, c’est très relié à ma démarche artistique. Je l’ai déjà évoqué ces dernières semaines avec d’autres mots.

Cet été, j’ai eu un manque d’élan artistique. Réaliser des oeuvres ne m’animait plus. Peut être que le feu du projet de la fresque, qui avait jailli en quelques jours à peine, m’avait un peu consumée je ne sais pas. Mais je ressentais un vide. Je sentais que je ne voulais pas réaliser des oeuvres juste pour moi, le besoin de leur donner une dimension encore plus large s’imposait mais sans savoir comment le réaliser chaque jour. J’ai réalisé un projet chouette. De plus, je suis sur un projet depuis plusieurs mois, le premier prototype sortira dans les prochaines semaines, mais j’avais besoin de quelque chose dans le quotidien, pas d’une nouvelle vision long terme. Une flamme qui vit chaque jour et qui ancre les gestes. Alors je suis revenue dans l’atelier, une nécessité, un élan vital sinon j’allais me dessécher ! Une envie de créer dès maintenant un livre avec une double page que j’ouvrirai pour chaque mois de l’année. Et de sortir TOUTES les attentes, attentes de rendu, attentes financières et toutes les autres. De ramener juste la joie de la créativité ! 

Et JUSTE se relier à la matière.

Regarder les tissus, les assembler

Ressentir les feuilles préparées ces dernières semaines, tomber en amour devant leurs couleurs et leurs motifs

Assembler, relier les matières

Coudre, voir les fils tisser de nouveaux mondes

Et alors, le corps se détend ! Et la clarté revient. Habiter le monde c’est vivre ici ! C’est  préparer notre lieu pour en faire un lieu ressource, projet sur lequel nous sommes depuis plusieurs semaines et c’est AUSSI aller tous les jours dans mon atelier. C’est sortir du monde des humains et entrer dans celui de l’altérité avec les autres mondes. C’est témoigner de cette beauté du vivant à chaque instant. Et surtout, je crois profondément, que c’est tisser de nouvelles utopies ! Je pensais que cela s’appliquerait dans mon projet mais en fait cela s’applique à l’ensemble de mes oeuvres et cela s’ancre de plus en plus en profondeur.

Ainsi mon atelier devient le bureau des utopies et mes oeuvres, de profondes utopies qui témoignent de ce que le futur pourrait être, dans lequel j’oeuvre chaque jour. 

Je vous dévoile bientôt le livre d’artiste réalisé pour 2026.

Made with