Chronique de l'automne / 1ère semaine
Première semaine d’automne
Ca y est, c’est vraiment l’automne. Depuis hier la pluie est là et le frais s’installent. A la fin de la journée, le soleil a à peine pu percer à travers les nuages et a éclairé de sa lumière chaude quelques instants la forêt. Un temps suspendu à contempler cette lumière éphémère.
« L’éphémère n’est pas le temps mais sa vibration devenue sensible » Min Jeong Seo
Mardi
Il pleut, une pluie fine presque douce. L’air est frais, moins de 10 degrés. Le corps a du mal à s’habituer avec la température estivale de samedi mais petit à petit, il rentre dans cette saison. Ce matin, j’ai entendu un arbre tomber dans la forêt. Le fracas dure quelques secondes et l’instant d’après un silence puissant envahit la nature. Dans mon atelier, il fait plus froid, malgré le chauffage, j’ai besoin de bouger pour me réchauffer.
L’après cueillette
La phase de cueillette est tellement agréable. Arpenter la nature, la forêt, se laisser guider et aller à la rencontre. J’aime vraiment ces moments et j’essaye de les vivre au maximum dans la semaine. Mais l’étape d’après est importante aussi. Trier, ranger, conserver ce qui a été placé dans le sac, c’est primordial. Un temps important où un autre lien se fait, à ne pas précipiter.
Lundi j’ai ramassé des feuilles de Chêne rouge d’Amérique que j’ai mise à sécher ainsi que celles magnifiquement rouges sombres du millepertuis du jardin de ma voisine. Je serai contente de les retrouver dans quelques jours quand elles seront sèches. J’ai aussi trouvé un morceau de voiture et un bout de plastique, cela va aller au recyclage.
Jeudi
Ciel gris, la brume est présente sur les hauteurs et se dissipe peu après. C’est sublime de voir ses volutes au dessus des cèdres d’un vert bleu gris profond dont la cime est beaucoup plus claire, presque comme éclairée sous les nuages. Un paysage presque irréel qui dure quelques instants.
Depuis plusieurs jours, on peut observer une beauté de la nature, les gouttes d’eau déposées délicatement sur les feuilles fines des robiniers faux acacia, c’est d’une pureté ! Il fait vraiment plus frais, le corps s’habitue difficilement. Le feu dans la maison crépite et nous réchauffe. C’est le temps où le centre de la maison, le coeur devient le foyer. C’est beau ce mot, foyer. A la fois cela désigne notre famille et notre maison mais aussi l’âtre qui nous réchauffe pendant les longs mois sombres.
Les couleurs automnales
Le jaune revient. Petit à petit les arbres de colorent de son éclat. Le rouge aussi revient d’abord avec les vignes, ces lianes qui parsèment les paysages verdoyants de petites touches vermillones. Et puis le marron, profond qui devient presque rouge quand la pluie tombe sur les fougères sèches.
Komorebi
Ce mot japonais est si doux à prononcer, ou à lire. Komorebi.
C’est l’effet que produit la lumière du soleil qui perce les feuillages. Au printemps et surtout en été, c’est sublime ! Je pourrais passer des heures à les observer. Il y a tant d’instants qui se déroule sous la canopée. Les feuillages qui bruissent, les insectes qui volent, un oiseau qui passe. Il suffit de se poser, d’être présent.e et d’observer. Puis ressentir, essayer de lâcher les pensées et juste ressentir. Qu’est ce que cela fait que d’être au coeur du vivant, dans un moment qui est simple et peu paraître insignifiant ? Plus le temps passe, et plus j’ai la conviction que le bonheur, c’est l’ensemble de ces petits moments qui se nichent dans l’ordinaire. Il faut savoir les capter et les savourer.
Japon
Ce pays depuis m’inspire depuis plus d’une dizaine d’années. J’y suis allée uniquement quelques jours lors d’un tour du monde monté lors d’un projet étudiant. Je suis restée avec mon ami et partenaire 4 jours à Tokyo, mais je crois que la durée importe peu. Petit à petit, après durant les années, j’ai laissé son essence s’ancrer.
Aujourd’hui, je partage souvent que c’est une de mes principales source d’inspiration. Mes oeuvres sont créées pour pouvoir être dans des intérieurs japonais. Avant d’emménager ici, JC avait acheté le libre Esprit wabi d’Axel Vervoordt, quelle découverte ! Cela nous a profondément inspiré et notre maison a été rénovée dans des matières naturelles le plus possible et des tons doux, avec une esthétique simple. Je suis fascinée par tous ces savoirs faire ancestraux venant de ce pays et l’art des gestes qui y est rattaché. Il y a dans l’art et l’artisanat japonais, une manière d’être au monde très douce et en même temps vivante. J’ai le souvenir très présent d’un reportage que j’avais vu sur une teinturière qui vit sur une ile et qui réalise avec son mari du tissu avec de la fibre d’un arbre qui pousse dans les mangroves. D’ailleurs, je vois des artistes qui vont chez elles, un rêve de la rencontrer ! En effet, j’aimerais vraiment pouvoir y retourner, passer du temps, sur plusieurs mois, avec une résidence artistique mais aussi en famille, pour m’immerger et découvrir davantage cette culture.
Samedi
Le ciel est gris, la brume assez fine arrive par moments dans le jardin et se dissipe lentement vers le village.
Il fait frais mais cela réveille au petit matin. En allant courir j’ai ramassé des châtaignes, quel doux moment. Il y a tellement de joie de savoir que ce fruit que nous allons manger, nous avons pu observer son cycle tout au long de l’année : l’arrivée des bourgeons, voir les premières feuilles tendres sortir de leur gangue, l’odeur des chatons qui embaument l’air, le vert vif des bogues qui se développent, le bruit des bogues qui se détachent et tombent sur le sol, révélant ses précieux fruits. Les ramasser est une joie douce et les déguster une fête pétillante !
Et puis, petit à petit, les éclaircies arrivent, le ciel bleu se dévoile ! Il est le bienvenu après une semaine. Sortir dehors, laisser son visage de gorger de ses doux rayons, un pur plaisir !
Jardinage ce matin avec la récolte des haricots et la coupe des Amaranthes, je vais faire sécher les graines. Le challenge est de trouver le bon endroit pour le faire. J’en ai mis à sécher dans mon atelier mais j’en ai beaucoup alors je pense que je ferai sécher le reste dans la grange ou dans la chambre d’amis dans la maison. Il faut que ce soit un lieu bien sec d’où la difficulté !
Oeuvrer avec le vivant et le préserver, l’intention de mon art
Régulièrement la question du sens dans la partie artistique revient. Bien sur, il y a la base d’oeuvrer avec le vivant pour retranscrire son essence en utilisant majoritairement les ressources naturelles de la forêt avec beaucoup de respect et de gratitude.
Mais je crois aujourd’hui que cela va plus loin. Je réfléchis souvent à l’engagement écologique. Vivre dans la nature, avoir des animaux, cultiver un potager, réduire les trajets, acheter peu de matériel est un premier pas important. Mais l’on peut toujours s’améliorer et faire plus je crois. Je n’ai pas une âme de militante ni de manifestante, je le sais. Je préfère la douceur même si j’admire ceux qui font cela. C’est à travers l’art que se manifeste mon engagement envers la planète et les êtres vivants.
Emerveiller
Ressourcer
Partager
Transmettre
Voilà ce qui m’anime chaque jour et se retrouve dans mes oeuvres. Mais aujourd’hui, je pourrais rajouter
Imaginer
Créer des nouveaux récits
Raconter le vivant comme il pourrait être demain
Mais pas de manière négative mais plutôt pour donner à rêver, oui rêver de nouveaux possibles que ceux d’une catastrophe planétaire. Bien sur, elle est là, ce n’est pas nié, juste complètement accepté. Alors l’engagement se veut esthétique, en partageant la beauté du vivant et l’intention profonde qu’elle perdure et ainsi amener les gens à rêver à un autre avenir. Car les nouveaux récits ont une force, l’imagination aussi !
Dimanche
Ciel bleu, air frais mais le soleil ramène petit à petit de la lumière et de la douceur sur la forêt.
En écrivant ces mots, je suis surprise par le mouvement des mélisses en face de la porte de la cuisine. Elles sont très animées comme soulevées par un vent fort. Mais bizarrement les feuilles des arbres en contreplan ne bougent pas du tout. Je regarde encore et quelques instants plus tard, un de nos chats, Moumou, saute. Je sors et je vois un rouge gorge dans sa gueule. Je n’ai pas pu me résigner à le laisser être croqué. J’ai félicité notre chat et j’ai réussi à l’attraper et à le faire rentrer en le couvrant de calins. J’espère que le petit oiseau va s’en sortir. Moumou est un chasseur hors pair, les insectes, les petits mamifères et oiseaux survivent à son passage.